24 janvier 2020

Venez découvrir l'astronomie


Venez découvrir l'Univers, ses merveilles et ses mystères avec le club d'astronomie de Mont-Bernenchon le Samedi 7 Mars 2020 de 14h à 18h à la salle des Libellules de Mont-Bernenchon, près de Béthune (Pas-de-Calais).

Au programme :

Exposition de photos du ciel ;
Exposition de matériel astronomique ;
Observation du Soleil au télescope avec du matériel adapté (si la météo le permet) ;
Atelier sur les exoplanètes ;
Atelier sur la pollution lumineuse ;
Démonstration d'utilisation d'une carte du ciel ;
Astrophotographie et traitements d'images ;
Aide au choix d'un télescope.
Comme chaque année, vous pourrez admirer près de 200 images de galaxies, nébuleuses, planètes ou étoiles, toutes réalisées par les membres du club d'astronomie avec leurs télescopes. Ces télescopes seront également exposés.

Si vous avez des questions sur l'astronomie ou concernant du matériel d'observation astronomique que vous avez acquis, nos passionnés seront présents pour vous répondre. En cas de météo favorable, il sera également possible d'observer le Soleil avec du matériel adapté.

Entrée libre et gratuite, pour petits et grands.




18 janvier 2020

Publication : Campagne d'observation de EE Cephei



Il y a quelques années de cela, j'ai participé à la campagne d'observation d'une étoile aux éclipses un peu particulières. C'est une étoile de magnitude 11 dans la constellation de Céphée. Par conséquent, celle-ci n'est visible ni à l'oeil nu, ni aux jumelles.

Position de l'étoile EE Cephei dans la constellation de Céphée

Tous les 5 ans et demi environ, la luminosité de cette étoile chute pendant plusieurs semaines. Contrairement aux cas classiques, ses éclipses sont longues, suggérant que l'objet qui passe devant est immense (beaucoup plus gros qu'une étoile) et la baisse de luminosité n'est pas la même à chaque éclipse, suggérant que l'objet n'est pas "solide". La durée de l'éclipse n'est pas non plus la même à chaque fois, et la courbe de lumière de l'éclipse est asymétrique, ce qui signifie que la "chose" qui passe devant EE Cephei voit sa taille, sa forme, son orientation, sa transparence, ou une combinaison de ces caractéristiques-là changer au cours du temps.
La périodicité des éclipses étant par contre très précise, nous sommes donc bien face à quelque chose qui tourne autour de EE Cephei sur une orbite stable.

Depuis 1952, ces éclipses sont de mieux en mieux observées. Ci-dessous quelques courbes de lumières montrant à quel point chaque éclipse fut différente des autres.
(c) Galan & al. https://arxiv.org/pdf/1407.1541.pdf
Avec les moyens d'observations toujours croissants à notre disposition, et sachant que les astronomes amateurs sont tout à fait capables de contribuer activement à ce type d'observation, une équipe d'astronomes professionnels polonais a fait appel à la communauté amateur pour que celle-ci l'épaule.
Comme j'avais participé avec eux à la campagne d'observation de l'étoile AZ Cas, j'ai naturellement fait partie des personnes sollicitées ici.
J'annonçais même ici le début de la campagne, réalisée pour ma part avec les télescopes en remote de chez Slooh que j'utilise depuis 2012.
Comme on ne savait pas avec précision quand commencerait l'éclipse (alors qu'on savait parfaitement sur quelle date elle était centrée), il fallait commencer assez tôt les observations. Ces observations "hors éclipse" sont importantes car elles permettent également de calibrer les données entre tous les observateurs.
L'équipe d'astronomes avait créé un modèle mathématique du système binaire d'EE Cephei, proposant un disque de poussière en rotation autour d'un petit astre froid, et dont la précession au cours du temps pouvait expliquer les différentes formes des éclipses passées. Avec leur modèle, ils prédisaient qu'en 2014, la baisse de luminosité qui serait constatée serait de 2 magnitudes.

Après plusieurs semaines d'observations, quel fut le résultat ?
243 nuits d'observations ont été réalisées, et compilées sur les courbes de lumière suivantes :

Pienkowski & al : https://arxiv.org/pdf/2001.05891.pdf
Sur les longueurs d'ondes RVB et IR, la couverture est très bonne. Comme pour les éclipses précédentes, les courbes sont similaires dans chaque longueur d'onde, ce qu'on appelle une éclipse "grise". Les données ont été acquises depuis l'Europe et l'Amérique du Nord, par des équipes amateurs et professionnelles.

Conclusion : l'éclipse de 2 magnitudes qui a été anticipée n'est pas au rendez-vous. A la place, seulement 0.7 magnitude de différence entre le minimum de l'éclipse et l'état "au repos" de l'étoile (dans la bande verte). Donc c'est cool ! Ça signifie qu'il y a encore du boulot à réaliser sur cet astre :-)

Le détail des observations photométriques et spectroscopiques, les analyses de l'équipe, ainsi que les perspectives pour la prochaine campagne sont compilées dans cette publication dont je suis co-auteur, qui a été soumise au journal Astronomy & Astrophysics en ce mois de Janvier 2020.

Une chouette petite aventure, qui a le mérite de ne pas être terminée. Depuis quelques jours, j'ai recommencé le suivi de cette étoile afin de préparer la prochaine éclipse.

14 mai 2019

Nova de printemps


Comme je n'ai pas passé trop de temps en début d'année sur la recherche de novae extragalactiques, je n'en ai tout naturellement trouvé aucune :-)
Avec le Soleil qui se baladait dans la constellation des Poissons, M31 était noyée dans sa lueur et impossible à atteindre. Mais fin Avril, elle revient dans le ciel du matin et monte assez haut pour que les télescopes de Slooh puissent la pointer.

Le télescope Slooh Canary Island T2 (T420 F/6.8) ne donnait pas une image folichonne ce 25 Avril au petit matin. Suivi moyen de la monture, étoiles pâteuses et mal mises au point, mention "peut mieux faire". Mais après examen de mes images, j'ai pu noter un p'tit quelque chose qui était apparu à proximité de NGC 206.


En version animée et zoomée, ça donne l'animation ci-dessous. Une étoile apparaît juste à côté d'une autre plus brillante.

Image du jour versus image de référence (mêmes télescopes)

Elle est sur toutes mes images de la matinée. Pas d'astéroïde dans le secteur, pas d'objet connu, pas d'artefact. Elle sera également sur mes images du lendemain.

J'ai annoncé la découverte de cette probable nova via le TNS de l'UAI, et elle porte désormais le nom de AT2019ebb.

On distingue encore mieux, en comparant avec une image du survey PanSTARRS, à quel point il n'y avait rien à l'endroit de cette probable nova auparavant. PanSTARRS descend peinard à magnitude 22/23. L'objet qui a explosé ici a donc fait un bond d'au moins 5 magnitudes.

Mon image versus une référence du survey PanSTARRS


Plus de 2 semaines plus tard, l'objet est toujours là. Plus faible, mais pas encore disparu. Photométriquement parlant, on est proche d'une nova classique de type FeII, mais on attend toujours le spectre qui validera tout ça.
Comme je l'évoquais déjà l'année dernière, les novae d'Avril dans M31 voient rarement venir un spectre.

En attendant, cherchons donc la suivante ;-)





24 février 2019

SN2018evt, la super-supernova

Je vais commencer à faire quelques focus sur des objets en cours d'observation, pour montrer un peu de science "en live". Des observations qui étonnent les astronomes, et qui challengent nos connaissances actuelles. On a beau avoir des modèles bien établis pour plein de choses, il y a toujours des observations singulières qui s'acharnent à ne pas vouloir rentrer dans les cases.
Le premier d'entre eux est SN2018evt, une supernova.

SN2018evt --- (c) E. Conseil, with Slooh.com


SN2018evt (alias ASASSN-18ro, alias Gaia18dwd, mais aussi ZTF18actuhrs) est une supernova découverte le 11 Août 2018 par l'équipe ASAS-SN dans la galaxie MCG -01-35-011.
L'objet était à magnitude 16.5 sur l'image ci-dessous à droite (référence sans l'objet à gauche).

Source: http://www.astronomy.ohio-state.edu/~assassin/followup/asassn-18ro.png


Rapidement un spectre fut obtenu (ATEL 11947) par ePESSTO et l'objet fut catalogué en supernova de Type Ia (supernova thermonucléaire).


Pour une galaxie si petite et pas très intéressante, l'histoire se serait arrêtée là. Ce genre de supernova, lorsqu'elle atteint sa magnitude maximale au bout d'une vingtaine de jours après l'explosion, décroit irrémédiablement jusqu'à disparaître.
Ci-dessous un exemple typique de courbe de lumière de supernova de type Ia (données issues des observations de la supernova SN 2011fe) :


Si elle fait comme toutes les supernovae de type Ia, SN2018evt devrait, après son maximum de luminosité, avoir perdu ~3 magnitudes au bout de 2 mois.
La galaxie hôte de SN2018evt se trouve dans la constellation de la Vierge, près de l'étoile Spica. Dès la fin Août, le Soleil s'approche de cette zone du ciel, et rend impossible le suivi des étoiles dans cette zone.
Ce n'est qu'en Décembre, 4 mois après la découverte de la supernova, que de nouvelles mesures sont à nouveau possibles. On s'attend alors à la trouver au delà de la magnitude 19, quasi éteinte.

Et là ... surprise : magnitude 16.5. ASAS-SN rapporte la chose dans l'ATEL 12325 et s'étonne car la classification spectroscopique de ePESSTO ne correspond pas à la courbe de lumière que l'on observe. L'objet ne suit pas du tout la courbe de luminosité classique d'une supernova d'une Type Ia.


Gaia et ZTF confirment les mesures d'ASAS-SN en Décembre.
Suite à l'appel d'ASAS-SN, le télescope spatial Swift se tourne vers SN2018evt et confirme qu'il s'agit d'une supernova de type Ia à son maximum de luminosité (ATEL 12355).
Là ça devient très intéressant parce que ce maximum ne devrait pas durer depuis 4 mois.
Quel serait le process en oeuvre pour maintenir un tel niveau de luminosité ?

J'ai eu l'occasion de suivre cet objet en Janvier, puis Février 2019 (galerie Flickr) et ... il est toujours à son maximum de luminosité.


De plus en plus étrange cette supernova. Elle a le spectre de quelque chose de connu, mais une courbe de lumière pas du tout compatible avec ce que l'on sait des supernovae de type Ia. Donc clairement, on n'est pas face à une naine blanche qui explose classiquement après avoir attrapé de la matière d'une voisine.

Cet objet qui ne payait pas de mine en Août dernier est finalement tout à fait original et mérite qu'on y passe un peu plus de temps, pour comprendre quelle source d'énergie le maintient à un tel niveau depuis plus de 6 mois.
Et comme on ne pourra pas aller voir sur place ce qu'il s'y passe, il va falloir amasser encore et toujours des photons pour essayer de décrypter cette énigme.

To be continued...


2 janvier 2019

AT2018lcl, la dernière de l'année


Le soir du 30 Décembre, alors que j'examinais les images qui étaient en train d'être prises avec les télescopes de chez Slooh, j'ai remarqué une nouvelle étoile brillante (à l’œil environ magnitude 16) dans la galaxie d'Andromède M31.
Il ne m'a pas fallu longtemps pour obtenir plein d'images supplémentaires pour confirmer que la bestiole était bien réelle.
Aucun astéroïde à cet endroit (en plus l'objet était immobile sur 2h de vues), aucune étoile variable connue, aucune annonce déjà faite pour cet endroit ... Avec une dizaine d'images à l'appui étalées sur 2h, j'avais ce qu'il fallait comme matière pour soumettre l'objet au TNS.
Il s'est donc appelé AT2018lcl.

Cependant il y avait bien dans les archives astronomiques quelque chose de connu à peu près à cet endroit. La nova M31N 2009-09a, découverte en Septembre 2009 par les astronomes amateurs japonais Koichi Nishiyama and Fujio Kabashima, était "à la louche" au même endroit.
Serait-on face à une nova récurrente ?

Pour être sûr de ne pas louper l'affaire, j'écris alors un email à Martin Henze, un astronome avec lequel j'ai déjà eu l'occasion d'échanger sur les novae dans M31, et qui est spécialisé dans les novae récurrentes. Si celle-ci est récurrente, il faut l'alerter immédiatement pour qu'il puisse conduire les études qui vont bien dans les premiers instants de la nova.
Début 2017, Martin avait classifié ma récente découverte de l'époque (M31N 2016-12e) comme étant la 18ème nova récurrente connue dans M31. On attend donc la 19ème :-)

Ça, c'était dans l'urgence de l'instant. Il avait encore le temps de pointer un télescope sur la zone ce soir-là avant que M31 ne se couche.
En allant récupérer des archives de 2009 (celles de Kamil Hornoch avec la flèche jaune ci-dessous), et en comparant ses images aux miennes, je trouve en apparence un très léger décalage de position.



Il faudrait pouvoir utiliser les images brutes de Kamil (plein format et sans compression) pour s'en assurer. A ce stade, je penche quand même pour 2 objets distincts.

Et puis la confirmation spectrale est arrivée dès le 02 Janvier (spectre du 1er Janvier) via l'ATEL 12349. Il s'agit d'une nova de type FeIIb.




30 novembre 2018

Rencontres du Ciel et de l'Espace 2018

La salle pendant ma conférence (c) Simon Lericque

Tous les 2 ans depuis 2012, le début Novembre signifie pour moi "séjour à Paris", et plus précisément à la Cité des Sciences et de l'Industrie, pour le plus grand rassemblement d'astronomes amateurs et professionnels en France.
Les Rencontres du Ciel et de l'Espace (RCE) sont organisées par l'AFA (Association Française d'Astronomie) et se déroulent pendant 3 jours.
3 jours de conférences données par des astronomes professionnels sur des sujets d'actualité, et 3 jours de conférences données par des amateurs sur à peu près tous les sujets qui ont trait à notre activité.

Comme en 2016, j'ai postulé en début d'année pour donner une conférence à cette occasion. Cette fois-ci sur la détection de novae dans les galaxies proches. 
Je suis passé en salle 2 le 1er Novembre, et ai eu la chance d'avoir une salle comble et attentive pendant 40 minutes. Tout s'est très bien passé.


Ma conférence, ainsi que toutes les autres, est maintenant disponible sur le site de l'AFA, à l'adresse suivante : https://www.afastronomie.fr/presentation-des-forums


28 novembre 2018

St-Véran - Découverte d'une nouvelle étoile variable


Vue d'artiste d'un couple d'étoiles qui ressemble à notre découverte (c) ESO/L. Calçada


Pour résumer l'épisode précédent, j'avais passé le Lundi 08 Octobre avec Stéphane Ferrafiat à observer le transit de l'exoplanète HAT-P-37b depuis un T500 à l'observatoire astronomique de St-Véran.
Et suite à la vérification, via l'outil Muniwin, de l'ensemble des images, nous avons trouvé un objet dont la variation d'éclat est notable, et que nous ne connaissions pas. Voici sa courbe de lumière lors de la première nuit (intensité lumineuse en fonction du temps) :

Nous ne connaissons pas cet objet variable, mais il se pourrait que d'autres le connaissent. Après tout, avec des centaines de milliers d'étoiles variables recensées, on ne peut pas se targuer de les connaître toutes.

Première destination : la base de données de l'AAVSO (American Association of Variable Stars Observers), qui est la plus grande source de recueil de données photométriques sur les étoiles variables. Cette base de données s'appelle le VSX (Variable Star Index) et recense pas loin de 550 000 étoiles variables connues actuellement.
Sur le formulaire de recherche de variables connues, on saisit les coordonnées célestes d'un objet et il nous indique tout ce qu'il trouve autour. Et dans notre cas rien de connu à cet endroit.

Ce site, en tchèque, recense aussi des étoiles variables qui ne sont pas toutes sur le VSX. Une p'tite recherche dans leurs tables et non, notre possible variable n'est pas connue chez eux.

Il y a enfin l'observatoire de Genève, qui recense des étoiles variables que les astronomes amateurs découvrent quand ils font du suivi d'astéroïdes. Ces étoiles variables n'ont souvent que des bouts de courbes connus, ce qui ne permet pas encore leur caractérisation et l'annonce de leur découverte. Mais ça indique au moins qu'elles ont déjà été repérées. Une p'tite recherche là-bas et non, toujours rien concernant notre possible variable.

Manifestement, notre étoile variable est inconnue au bataillon. En tous cas en tant que variable. Sinon elle a bien sûr déjà un nom dans un certain nombre de catalogue : 2MASS J18560629+5126237, GSC2.3 N10D010144, UCAC4 708-062626 ou bien encore Gaia DR2 2133963473207741952
Sa magnitude est autour de 15.3 (en fonction du catalogue) et elle se trouve dans la constellation du Dragon.

On pourrait alors se dire "Youpi tralala on a fait une découverte !!"
Mais on en est finalement assez loin. La première chose à faire est de challenger le résultat. Est-il réel ? Est-il crédible ? Dans une démarche scientifique standard, le doute doit être le moteur principal.


Pour être sûr qu'il ne s'agit pas d'un artefact lié, par exemple, à un mauvais prétraitement et/ou des pixels incorrects qui se baladent sur la série d'image, on va regarder la courbe de lumière de toutes les étoiles qui se trouvent dans l'environnement immédiat de la possible variable. Il se trouve qu'elles sont toutes à peu près plates, au bruit près. Donc notre objet est bien le seul à "bouger".
On examine ensuite les images de prétraitement, pour voir si elles ne présentent pas des irrégularités notables dans la zone où se trouve l'étoile visée. Rien à signaler de ce côté.

Ensuite, plusieurs remarques à la lecture de cette courbe :
- la variation est très largement supérieure aux barres d'erreurs des mesures, donc on est en présence d'une vraie variation, pas d'une interprétation visuelle sur la base de données bruitées
- la courbe semble symétrique, ce qui pourrait laisser croire qu'il s'agit d'une éclipse
- la courbure des extrémités de la courbe laisse penser qu'il y a un maximum vers la magnitude 15.2, et qu'il se produit un peu avant le début des mesures, et un peu après aussi.

Autre analyse à brûle-pourpoint : la magnitude de cette étoile supposée variable se baladerait entre 15.2 et 15.7 (à la louche). Est-ce crédible de faire une telle découverte ? Avec les récents surveys du ciel effectués par les professionnels et les astronomes amateurs, on peut considérer que tout ce qui est plus brillant que Pluton (j'aime cette comparaison) a été découvert. A cette magnitude, le ciel est scanné et rescanné par tout le monde depuis longtemps. Alors les variables à forte amplitude sont déjà toutes trouvées. Notamment par le survey ASAS-SN qui a déclaré récemment 64000 nouvelles étoiles variables sur la base de 4 années d'observations assidues du ciel (leur papier ici). La majeure partie des variables à éclipses qu'ils ont découvertes étaient plus brillantes que la magnitude 15. Donc ils auraient pu passer à côté de celle-ci. Ce n'est pas invraisemblable.

Bon tout ça, ce ne sont que des suppositions. La seule chose sûre à ce stade, c'est qu'il faut refaire des mesures pour caractériser cette étoile.
On peut aussi tenter d'imaginer ce que serait la courbe si on la prolongeait. Une solution au problème pourrait être celle-ci :



En jouant à cela, on peut imaginer que si la période de variabilité est courte, alors elle se situe quelque part entre 0.1 jour et 0.4 jour.

Au soir du 08 Octobre, nous n'avons pas assez de données pour trancher sur la variabilité de notre étoile. Et même aucune certitude sur le type d'étoile variable. Mais des idées oui.
Par contre, il existe plusieurs surveys professionnels qui ont rendu leurs données publiques et que l'on peut utiliser si on veut agrandir le nombre de points de mesures disponibles, sans avoir besoin de sortir le télescope.
Si notre étoile est variable, alors ça doit se voir sur les images prises par les surveys ASAS-SN, CRTS, superWASP.
Dans le cas qui nous concerne ici, seul ASAS-SN a déjà observé l'étoile que nous visons. Et pendant un peu plus de 4 ans. On peut donc disposer de plein de données en allant sur le site https://asas-sn.osu.edu/https://asas-sn.osu.edu/, en sélectionnant les coordonnées de notre étoile et une période de 4 ans. Les données fournies par ASAS-SN sont téléchargeables au format CSV, et on peut les intégrer dans le logiciel VStar (moyennant quelques suppressions de colonnes de données). Ce qui donnera le graphique ci-dessous :

Chaque point de cette courbe correspond à une mesure photométrique du survey ASAS-SN sur notre étoile. Les données sont très dispersées, et séparées de plusieurs jours les unes des autres. On ne saura donc pas voir directement des variations d'éclat sur des intervalles de quelques dizaines de minutes.
Mais VStar possède une fonctionnalité fort sympathique : A partir d'un nuage de points en apparence non périodique, il sait retrouver les éventuelles périodes de variation.
On pourrait donc retrouver la période de variation de notre étoile dans les données d'ASAS-SN, pourvu que cette période soit constante dans le temps.

Pour cela il y a une petite icône dans VStar (encadrée ci-dessous) qui propose de chercher toutes les périodes possibles entre 2 bornes. Une borne minimale nommée "Low period", exprimée en jours, et une borne maximale nommée "High period" exprimée elle aussi en jours. Enfin, on propose à VStar d'utiliser un pas de recherche. Dans l'exemple ci-dessous, VStar va analyser toutes les périodes entre 0.1 jour et 0.4 jour, par pas de 0.00001 jour. Il testera donc 0.1 jour, 0.100001 jour, 0.100002 jour, ... 0.39999 jour, 0.4 jour. Et pour chaque période testée, il associera un score qui dira grosso modo à quel point cette valeur peut être une période valable de l'étoile.



Le résultat de la recherche automatique de période est un graphique qui présente en abscisse toutes les périodes examinées par le programme, et en ordonnées une puissance. Plus cette puissance est haute, plus grande est la probabilité que la période associée soit une période de la série de données.




Ici le maximum est obtenu pour la valeur P=0.157309 jours. Pour autant, les autres pics ne sont pas en reste et pourraient convenir. La meilleure période trouvée par le logiciel n'est pas forcément la bonne. Toutefois elle doit se trouver dans le groupe de tête.
On peut donc sélectionner chaque pic sur la courbe, puis cliquer sur le bouton "New phase plot", et le logiciel va réorganiser tous les points en prenant en compte la période choisie.

Quand on examine chacune des périodes possibles (illustration ci-dessous), on se rend compte que les points s'organisent pour former des espèces de sinusoïdes.


Ce sont donc bien des périodes qui pourraient correspondre à une vraie variation de l'étoile.
La dispersion des points est assez importante, mais on reconnaît tout de même assez bien la forme.
Par comparaison, j'ai choisi en bas à droite de l'illustration une période fictive de 0.22803 jours, très proche d'une vraie valeur possible (0.22966 jours) et on se rend compte que les points ne s'organisent pas du tout comme pour les autres valeurs.

Le logiciel VStar nous offre donc des périodes candidates, qu'il faudra faire valider avec davantage de mesures. Les données d'ASAS-SN seules ne permettent pas de trancher.


Nous connaissons la date du minimum photométrique du Lundi 08 Octobre. Si nous observons un autre minimum le 09 Octobre, alors nous pourrons supprimer un certain nombre de périodes candidates. En effet, entre 2 minimums observés se déroulent un nombre entier de périodes. Si nous constatons une durée D1 entre 2 minimums observés, alors la période vaut au choix D1/2, D1/3, D1/4, D1/5, ...

Et bingo, le 09 Octobre, nous observons un second minimum photométrique. Les 2 journées d'observations sont cumulées dans le graphe ci-dessous. Elle est bien variable notre étoile, vraiment pas de doute.




On mesure d1 = 2458400.42 et d2 = 2458401.37 (à l'oeil, et en jours juliens) pour les moments de deux minima observés. Le plateau photométrique au niveau des minima rend compliquée la mesure exacte d'un minimum.
La différence d2-d1 vaut donc 0.95 jours. S'il s'est passé N périodes au cours de ces 0.95 jours, quelle est la valeur de la période de la variable ?

N périodes écoulées 
Période associée (en jours)
Période candidate qui pourrait correspondre
3
0.31667
aucune
4
0.2375
aucune
5
0.19
0.18677
6
0.15833
0.157309
7
0.13571
0.13588
8
0.11875
0.11962
9
0.10556
0.10681

Avec une soirée d'observation supplémentaire, on a restreint les périodes possibles à 5 candidates. Le bruit dans les mesures ne permet pas encore d'être plus précis. Mais plus on espacera les observations, puis les périodes incompatibles vont se voir.

Avec Stéphane nous avons pu obtenir encore quelques données à St-Véran, puis nous avons continué chacun de son côté. Moi à l'observatoire de Géotopia à Mont-Bernenchon, et lui à l'AAAOV à Vauvenargues et chez lui.
J'avais établi des éphémérides à partir de nos données, afin de confronter la théorie aux observations. Et ça collait vachement bien.

Après les données du 23 Octobre, nous n'avions plus aucun doute sur la période de la variable, et avions couvert plusieurs fois chacune des parties de la courbe. Il se produisait un minimum photométrique tous les 0.157109 jours, ce qui fait environ toutes les 3h 46m 14s.

Courbe des mesures ASAS-SN rapportées à une période de 0.157109 jours

Bon... maintenant qu'on tient notre période, on y va pour l'annonce ?
Pas encore ! Il reste encore un énorme biais à supprimer : le logiciel VStar est bête ... si si :-)
VStar se contente de dessiner des points dans un graphe, et n'a pas la moindre idée de ce qu'est une étoile variable.
Depuis le premier jour, j'avais l'impression que nous étions face à une étoile variable de type EW grâce à la forme de la première courbe. Ça ne constituait pas une preuve, mais les données des jours suivants sont venus renforcer cette idée. Et à la fin c'était sûr.

Une étoile variable de type EW est en fait une paire d'étoiles, de tailles et températures comparables, qui tournent si près l'une de l'autre qu'elles se touchent presque. Et elles tournent l'une autour de l'autre en quelques heures seulement.
Quand on a 2 étoiles qui se tournent l'une autour de l'autre, on observe 2 minima et 2 maxima sur une période. Mais ici les 2 minima photométriques sont quasiment égaux, et les 2 maxima également.
Donc en fait, le logiciel VStar se plantait, et ne détectait qu'une demi-période, car la seconde demi-période est trèèèès semblable à la première.

Il est possible de simuler la courbe de lumière d'une étoile variable de type EW via le site suivant : http://astro.unl.edu/naap/ebs/animations/ebs.html (Il faut activer Flash).
En reprenant pour chaque étoile les valeurs que j'ai mises dans la capture ci-dessous pour les rayons-températures-masses, on peut voir la forme de la courbe de lumière s'adapter en haut à droite, et si on fait tourner les étoiles avec le bouton "Start animation", on voit alors comment la rotation de 2 étoiles nous mène à la courbe de lumière que nous avons observée.


Ainsi, la vraie période de notre étoile variable n'est pas celle que VStar a calculée, mais son double : 0.314618 jours.
Sur les données d'ASAS-SN, cette nouvelle valeur donne le graphe ci-dessous.


Et si on y rajoute nos propres observations, ça donne le graphe ci-dessous :



Chaque point de la courbe est une astrophoto que nous avons réalisée (sauf les petits points bleus qui appartiennent à ASAS-SN. Il y a en tout 700 images prises par Stéphane et moi-même pour réussir à couvrir 2 fois chacune des phases de la courbe (période doublée). Il nous a fallu 8 nuits pour y arriver.
L'image en bas à droite correspond au champ d'étoiles autour de notre étoile variable. Celle-ci est en avant plan d'une galaxie, et il a fallu ruser avec nos cercles photométriques pour ne pas inclure la galaxie dans nos mesures, ou le moins possible.


A ce moment-là, quand on a :
- un diagramme de phase où toutes les phases sont observées au moins 2 fois
- des données pro qui corroborent nos observations
- une période établie à la seconde près
- des maxima et minima photométriques bien définis
- un typage non ambigu de la variable

...alors on peut se lancer dans la soumission de la découverte. Au passage, j'ai revérifié si entre temps elle n'avait pas été annoncée par quelqu'un d'autre.
Reste ensuite à suivre toutes les consignes du VSX pour soumettre correctement une étoile variable (elles sont nombreuses et sont visibles ici) sur leur site.

Après quelques échanges avec les administrateurs de la base, notre étoile a été acceptée et sa fiche technique est désormais disponible ICI.

Notre étoile variable est donc double. Depuis la Terre, même avec les plus gros télescopes on ne voit qu'une seule étoile à son emplacement car les deux étoiles du couple sont extrêmement serrées.
Un suivi spectroscopique est prévu par une équipe d'amateurs que nous avons rencontrés aux Rencontres du Ciel et de l'Espace début Novembre. Des "collègues" qui ont eu vent de notre découverte, et qui se sont proposés pour compléter l'étude de cette étoile. Ce sera l'occasion de refaire de la science dans pas très longtemps.