30 novembre 2018

Rencontres du Ciel et de l'Espace 2018

La salle pendant ma conférence (c) Simon Lericque

Tous les 2 ans depuis 2012, le début Novembre signifie pour moi "séjour à Paris", et plus précisément à la Cité des Sciences et de l'Industrie, pour le plus grand rassemblement d'astronomes amateurs et professionnels en France.
Les Rencontres du Ciel et de l'Espace (RCE) sont organisées par l'AFA (Association Française d'Astronomie) et se déroulent pendant 3 jours.
3 jours de conférences données par des astronomes professionnels sur des sujets d'actualité, et 3 jours de conférences données par des amateurs sur à peu près tous les sujets qui ont trait à notre activité.

Comme en 2016, j'ai postulé en début d'année pour donner une conférence à cette occasion. Cette fois-ci sur la détection de novae dans les galaxies proches. 
Je suis passé en salle 2 le 1er Novembre, et ai eu la chance d'avoir une salle comble et attentive pendant 40 minutes. Tout s'est très bien passé.


Ma conférence, ainsi que toutes les autres, est maintenant disponible sur le site de l'AFA, à l'adresse suivante : https://www.afastronomie.fr/presentation-des-forums


28 novembre 2018

St-Véran - Découverte d'une nouvelle étoile variable


Vue d'artiste d'un couple d'étoiles qui ressemble à notre découverte (c) ESO/L. Calçada


Pour résumer l'épisode précédent, j'avais passé le Lundi 08 Octobre avec Stéphane Ferrafiat à observer le transit de l'exoplanète HAT-P-37b depuis un T500 à l'observatoire astronomique de St-Véran.
Et suite à la vérification, via l'outil Muniwin, de l'ensemble des images, nous avons trouvé un objet dont la variation d'éclat est notable, et que nous ne connaissions pas. Voici sa courbe de lumière lors de la première nuit (intensité lumineuse en fonction du temps) :

Nous ne connaissons pas cet objet variable, mais il se pourrait que d'autres le connaissent. Après tout, avec des centaines de milliers d'étoiles variables recensées, on ne peut pas se targuer de les connaître toutes.

Première destination : la base de données de l'AAVSO (American Association of Variable Stars Observers), qui est la plus grande source de recueil de données photométriques sur les étoiles variables. Cette base de données s'appelle le VSX (Variable Star Index) et recense pas loin de 550 000 étoiles variables connues actuellement.
Sur le formulaire de recherche de variables connues, on saisit les coordonnées célestes d'un objet et il nous indique tout ce qu'il trouve autour. Et dans notre cas rien de connu à cet endroit.

Ce site, en tchèque, recense aussi des étoiles variables qui ne sont pas toutes sur le VSX. Une p'tite recherche dans leurs tables et non, notre possible variable n'est pas connue chez eux.

Il y a enfin l'observatoire de Genève, qui recense des étoiles variables que les astronomes amateurs découvrent quand ils font du suivi d'astéroïdes. Ces étoiles variables n'ont souvent que des bouts de courbes connus, ce qui ne permet pas encore leur caractérisation et l'annonce de leur découverte. Mais ça indique au moins qu'elles ont déjà été repérées. Une p'tite recherche là-bas et non, toujours rien concernant notre possible variable.

Manifestement, notre étoile variable est inconnue au bataillon. En tous cas en tant que variable. Sinon elle a bien sûr déjà un nom dans un certain nombre de catalogue : 2MASS J18560629+5126237, GSC2.3 N10D010144, UCAC4 708-062626 ou bien encore Gaia DR2 2133963473207741952
Sa magnitude est autour de 15.3 (en fonction du catalogue) et elle se trouve dans la constellation du Dragon.

On pourrait alors se dire "Youpi tralala on a fait une découverte !!"
Mais on en est finalement assez loin. La première chose à faire est de challenger le résultat. Est-il réel ? Est-il crédible ? Dans une démarche scientifique standard, le doute doit être le moteur principal.


Pour être sûr qu'il ne s'agit pas d'un artefact lié, par exemple, à un mauvais prétraitement et/ou des pixels incorrects qui se baladent sur la série d'image, on va regarder la courbe de lumière de toutes les étoiles qui se trouvent dans l'environnement immédiat de la possible variable. Il se trouve qu'elles sont toutes à peu près plates, au bruit près. Donc notre objet est bien le seul à "bouger".
On examine ensuite les images de prétraitement, pour voir si elles ne présentent pas des irrégularités notables dans la zone où se trouve l'étoile visée. Rien à signaler de ce côté.

Ensuite, plusieurs remarques à la lecture de cette courbe :
- la variation est très largement supérieure aux barres d'erreurs des mesures, donc on est en présence d'une vraie variation, pas d'une interprétation visuelle sur la base de données bruitées
- la courbe semble symétrique, ce qui pourrait laisser croire qu'il s'agit d'une éclipse
- la courbure des extrémités de la courbe laisse penser qu'il y a un maximum vers la magnitude 15.2, et qu'il se produit un peu avant le début des mesures, et un peu après aussi.

Autre analyse à brûle-pourpoint : la magnitude de cette étoile supposée variable se baladerait entre 15.2 et 15.7 (à la louche). Est-ce crédible de faire une telle découverte ? Avec les récents surveys du ciel effectués par les professionnels et les astronomes amateurs, on peut considérer que tout ce qui est plus brillant que Pluton (j'aime cette comparaison) a été découvert. A cette magnitude, le ciel est scanné et rescanné par tout le monde depuis longtemps. Alors les variables à forte amplitude sont déjà toutes trouvées. Notamment par le survey ASAS-SN qui a déclaré récemment 64000 nouvelles étoiles variables sur la base de 4 années d'observations assidues du ciel (leur papier ici). La majeure partie des variables à éclipses qu'ils ont découvertes étaient plus brillantes que la magnitude 15. Donc ils auraient pu passer à côté de celle-ci. Ce n'est pas invraisemblable.

Bon tout ça, ce ne sont que des suppositions. La seule chose sûre à ce stade, c'est qu'il faut refaire des mesures pour caractériser cette étoile.
On peut aussi tenter d'imaginer ce que serait la courbe si on la prolongeait. Une solution au problème pourrait être celle-ci :



En jouant à cela, on peut imaginer que si la période de variabilité est courte, alors elle se situe quelque part entre 0.1 jour et 0.4 jour.

Au soir du 08 Octobre, nous n'avons pas assez de données pour trancher sur la variabilité de notre étoile. Et même aucune certitude sur le type d'étoile variable. Mais des idées oui.
Par contre, il existe plusieurs surveys professionnels qui ont rendu leurs données publiques et que l'on peut utiliser si on veut agrandir le nombre de points de mesures disponibles, sans avoir besoin de sortir le télescope.
Si notre étoile est variable, alors ça doit se voir sur les images prises par les surveys ASAS-SN, CRTS, superWASP.
Dans le cas qui nous concerne ici, seul ASAS-SN a déjà observé l'étoile que nous visons. Et pendant un peu plus de 4 ans. On peut donc disposer de plein de données en allant sur le site https://asas-sn.osu.edu/https://asas-sn.osu.edu/, en sélectionnant les coordonnées de notre étoile et une période de 4 ans. Les données fournies par ASAS-SN sont téléchargeables au format CSV, et on peut les intégrer dans le logiciel VStar (moyennant quelques suppressions de colonnes de données). Ce qui donnera le graphique ci-dessous :

Chaque point de cette courbe correspond à une mesure photométrique du survey ASAS-SN sur notre étoile. Les données sont très dispersées, et séparées de plusieurs jours les unes des autres. On ne saura donc pas voir directement des variations d'éclat sur des intervalles de quelques dizaines de minutes.
Mais VStar possède une fonctionnalité fort sympathique : A partir d'un nuage de points en apparence non périodique, il sait retrouver les éventuelles périodes de variation.
On pourrait donc retrouver la période de variation de notre étoile dans les données d'ASAS-SN, pourvu que cette période soit constante dans le temps.

Pour cela il y a une petite icône dans VStar (encadrée ci-dessous) qui propose de chercher toutes les périodes possibles entre 2 bornes. Une borne minimale nommée "Low period", exprimée en jours, et une borne maximale nommée "High period" exprimée elle aussi en jours. Enfin, on propose à VStar d'utiliser un pas de recherche. Dans l'exemple ci-dessous, VStar va analyser toutes les périodes entre 0.1 jour et 0.4 jour, par pas de 0.00001 jour. Il testera donc 0.1 jour, 0.100001 jour, 0.100002 jour, ... 0.39999 jour, 0.4 jour. Et pour chaque période testée, il associera un score qui dira grosso modo à quel point cette valeur peut être une période valable de l'étoile.



Le résultat de la recherche automatique de période est un graphique qui présente en abscisse toutes les périodes examinées par le programme, et en ordonnées une puissance. Plus cette puissance est haute, plus grande est la probabilité que la période associée soit une période de la série de données.




Ici le maximum est obtenu pour la valeur P=0.157109 jours. Pour autant, les autres pics ne sont pas en reste et pourraient convenir. La meilleure période trouvée par le logiciel n'est pas forcément la bonne. Toutefois elle doit se trouver dans le groupe de tête.
On peut donc sélectionner chaque pic sur la courbe, puis cliquer sur le bouton "New phase plot", et le logiciel va réorganiser tous les points en prenant en compte la période choisie.

Quand on examine chacune des périodes possibles (illustration ci-dessous), on se rend compte que les points s'organisent pour former des espèces de sinusoïdes.


Ce sont donc bien des périodes qui pourraient correspondre à une vraie variation de l'étoile.
La dispersion des points est assez importante, mais on reconnaît tout de même assez bien la forme.
Par comparaison, j'ai choisi en bas à droite de l'illustration une période fictive de 0.22803 jours, très proche d'une vraie valeur possible (0.22966 jours) et on se rend compte que les points ne s'organisent pas du tout comme pour les autres valeurs.

Le logiciel VStar nous offre donc des périodes candidates, qu'il faudra faire valider avec davantage de mesures. Les données d'ASAS-SN seules ne permettent pas de trancher.


Nous connaissons la date du minimum photométrique du Lundi 08 Octobre. Si nous observons un autre minimum le 09 Octobre, alors nous pourrons supprimer un certain nombre de périodes candidates. En effet, entre 2 minimums observés se déroulent un nombre entier de périodes. Si nous constatons une durée D1 entre 2 minimums observés, alors la période vaut au choix D1/2, D1/3, D1/4, D1/5, ...

Et bingo, le 09 Octobre, nous observons un second minimum photométrique. Les 2 journées d'observations sont cumulées dans le graphe ci-dessous. Elle est bien variable notre étoile, vraiment pas de doute.




On mesure d1 = 2458400.42 et d2 = 2458401.37 (à l'oeil, et en jours juliens) pour les moments de deux minima observés. Le plateau photométrique au niveau des minima rend compliquée la mesure exacte d'un minimum.
La différence d2-d1 vaut donc 0.95 jours. S'il s'est passé N périodes au cours de ces 0.95 jours, quelle est la valeur de la période de la variable ?

N périodes écoulées 
Période associée (en jours)
Période candidate qui pourrait correspondre
3
0.31667
aucune
4
0.2375
aucune
5
0.19
0.18677
6
0.15833
0.157109
7
0.13571
0.13588
8
0.11875
0.11962
9
0.10556
0.10681

Avec une soirée d'observation supplémentaire, on a restreint les périodes possibles à 5 candidates. Le bruit dans les mesures ne permet pas encore d'être plus précis. Mais plus on espacera les observations, puis les périodes incompatibles vont se voir.

Avec Stéphane nous avons pu obtenir encore quelques données à St-Véran, puis nous avons continué chacun de son côté. Moi à l'observatoire de Géotopia à Mont-Bernenchon, et lui à l'AAAOV à Vauvenargues et chez lui.
J'avais établi des éphémérides à partir de nos données, afin de confronter la théorie aux observations. Et ça collait vachement bien.

Après les données du 23 Octobre, nous n'avions plus aucun doute sur la période de la variable, et avions couvert plusieurs fois chacune des parties de la courbe. Il se produisait un minimum photométrique tous les 0.157109 jours, ce qui fait environ toutes les 3h 46m 14s.

Courbe des mesures ASAS-SN rapportées à une période de 0.157109 jours

Bon... maintenant qu'on tient notre période, on y va pour l'annonce ?
Pas encore ! Il reste encore un énorme biais à supprimer : le logiciel VStar est bête ... si si :-)
VStar se contente de dessiner des points dans un graphe, et n'a pas la moindre idée de ce qu'est une étoile variable.
Depuis le premier jour, j'avais l'impression que nous étions face à une étoile variable de type EW grâce à la forme de la première courbe. Ça ne constituait pas une preuve, mais les données des jours suivants sont venus renforcer cette idée. Et à la fin c'était sûr.

Une étoile variable de type EW est en fait une paire d'étoiles, de tailles et températures comparables, qui tournent si près l'une de l'autre qu'elles se touchent presque. Et elles tournent l'une autour de l'autre en quelques heures seulement.
Quand on a 2 étoiles qui se tournent l'une autour de l'autre, on observe 2 minima et 2 maxima sur une période. Mais ici les 2 minima photométriques sont quasiment égaux, et les 2 maxima également.
Donc en fait, le logiciel VStar se plantait, et ne détectait qu'une demi-période, car la seconde demi-période est trèèèès semblable à la première.

Il est possible de simuler la courbe de lumière d'une étoile variable de type EW via le site suivant : http://astro.unl.edu/naap/ebs/animations/ebs.html (Il faut activer Flash).
En reprenant pour chaque étoile les valeurs que j'ai mises dans la capture ci-dessous pour les rayons-températures-masses, on peut voir la forme de la courbe de lumière s'adapter en haut à droite, et si on fait tourner les étoiles avec le bouton "Start animation", on voit alors comment la rotation de 2 étoiles nous mène à la courbe de lumière que nous avons observée.


Ainsi, la vraie période de notre étoile variable n'est pas celle que VStar a calculée, mais son double : 0.314618 jours.
Sur les données d'ASAS-SN, cette nouvelle valeur donne le graphe ci-dessous.


Et si on y rajoute nos propres observations, ça donne le graphe ci-dessous :



Chaque point de la courbe est une astrophoto que nous avons réalisée (sauf les petits points bleus qui appartiennent à ASAS-SN. Il y a en tout 700 images prises par Stéphane et moi-même pour réussir à couvrir 2 fois chacune des phases de la courbe (période doublée). Il nous a fallu 8 nuits pour y arriver.
L'image en bas à droite correspond au champ d'étoiles autour de notre étoile variable. Celle-ci est en avant plan d'une galaxie, et il a fallu ruser avec nos cercles photométriques pour ne pas inclure la galaxie dans nos mesures, ou le moins possible.


A ce moment-là, quand on a :
- un diagramme de phase où toutes les phases sont observées au moins 2 fois
- des données pro qui corroborent nos observations
- une période établie à la seconde près
- des maxima et minima photométriques bien définis
- un typage non ambigu de la variable

...alors on peut se lancer dans la soumission de la découverte. Au passage, j'ai revérifié si entre temps elle n'avait pas été annoncée par quelqu'un d'autre.
Reste ensuite à suivre toutes les consignes du VSX pour soumettre correctement une étoile variable (elles sont nombreuses et sont visibles ici) sur leur site.

Après quelques échanges avec les administrateurs de la base, notre étoile a été acceptée et sa fiche technique est désormais disponible ICI.

Notre étoile variable est donc double. Depuis la Terre, même avec les plus gros télescopes on ne voit qu'une seule étoile à son emplacement car les deux étoiles du couple sont extrêmement serrées.
Un suivi spectroscopique est prévu par une équipe d'amateurs que nous avons rencontrés aux Rencontres du Ciel et de l'Espace début Novembre. Des "collègues" qui ont eu vent de notre découverte, et qui se sont proposés pour compléter l'étude de cette étoile. Ce sera l'occasion de refaire de la science dans pas très longtemps.


26 octobre 2018

St-Véran - Transit de l'exoplanète HAT-P-37b

Du 07 au 14 Octobre dernier, j'ai eu la chance de passer un super séjour à l'observatoire de Saint-Véran, dans les Alpes. Situé à plus de 2900m d'altitude, c'est un lieu qui rassemble tout ce qu'un astronome peut attendre en terme de matériel et de qualité de ciel. Ce séjour mériterait d'ailleurs un article à part, tellement il y a de choses à raconter.
Merci au passage à l'association Astroqueyras pour avoir fait en sorte que cette mission se déroule aussi bien.

Observatoire vu depuis le sommet du Pic de Château Renard 

Parmi les missions que je m'étais fixées pour ce séjour, il y avait l'observation de transits exoplanétaires. Nous étions 2 volontaires dans le groupe pour faire de telles manips : Stéphane Ferrafiat et moi-même. Nous avions à notre disposition la coupole externe de l'observatoire (que l'on voit sur l'image ci-dessus), avec à l'intérieur un télescope de 500mm de diamètre et une caméra SBIG ST16803 (visibles ci-dessous).

T500 de la coupole "Genève"
Nous avions prévu un programme pour toute la semaine. Mais bien entendu, la météo serait le facteur limitant de notre activité.
Dès le Lundi 08 Octobre, le beau temps était de la partie et nous avons jeté notre dévolu sur l'exoplanète HAT-P-37b, une planète géante gazeuse un peu plus grande que notre Jupiter.

La SBIG ST16803 nous offre un très grand champ, c'est très agréable. Sur des poses de 90s, notre étoile cible offre suffisamment de signal pour que l'on puisse voir passer son exoplanète.

Champ de l'étoile HAT-P-37 (entre les lignes rouges) vu par la caméra du T500

Nous sommes donc partis pour plusieurs heures de prises de vue, en commençant 30 minutes avant le début présumé du transit, et en finissant environ 30 minutes après la fin du transit.
Chaudement vêtus, notre soirée ressemblait un peu à ceci :

Stéphane pilote le télescope et la caméra avec PRISM
Grâce au logiciel Muniwin, nous avions la possibilité de vérifier au fur et à mesure de la soirée l'avancée du transit. Ci-dessous, nous en étions au milieu de la phase de transit.


Jusqu'au bout, nous avons vérifié la qualité des images entrantes, et le résultat (hors traitements darks/flats/offsets) obtenu dans Muniwin. Jusqu'à arriver à une courbe de transit satisfaisante. Ci-dessous on observe la remontée du flux. Encore une bonne demi-heure pour retrouver le flux "hors éclipse" et ce sera bon.


L'altitude et la fatigue de la veille aidant, nous n'avons pas poursuivi les observations au delà de 2h du matin. Le dépouillement des images, les prétraitements et analyses ont eu lieu le lendemain.

Au final, nous avons obtenu une courbe de transit tout à fait correcte, avec 2.4 milli-magnitudes d'erreur type, ce qui est satisfaisant pour un transit de 27 milli-magnitudes de profondeur.

Nos données ont été postées sur l'Exoplanet Transit Database. Nous y avons associé nos camarades venus nous soutenir ce soir-là.

L'exoplanète est une chose. Mais l'analyse des images n'est pas terminée pour autant. Il est possible de les faire "causer" un peu plus. Alors comme à chaque fois que je fais une série de données, je vérifie s'il ne traînerait pas un astéroïde (si possible inconnu), une comète (si possible inconnue) ou une étoile variable.
Muniwin est un outil très performant pour cette dernière tache. Alors il y avait bien une étoile variable connue juste à côté de l'exoplanète. Mais ... tiens ...



Oh ... une étoile étrange dans notre champ

Une petite étoile de magnitude 15 (~ 2 fois moins brillante que Pluton) attire notre attention...
La suite fera l'objet d'un post à part. Derrière ce petit point se cache toute une aventure  :-)




25 août 2018

Comment dit-on "Saturne" en suédois ?

La belle aux anneaux, vue par la sonde Cassini (c) NASA/JPL-CALTECH/SSI

Lors de mes excursions en camping, j'ai pris pour habitude d'emmener avec moi un télescope pour partager avec les vacanciers quelques moments sous les étoiles. En vacances, les gens sont généralement assez détendus, ont du temps, et sont donc plutôt enclins à s'approcher d'un type bizarre qui a planté un télescope sur un coin de pelouse près du feu de camp.
Et dans ces circonstances, peu importe que les vacanciers soient français, anglais, néerlandais, espagnols ou suédois. La curiosité piquée, tout le monde s'approche.
Et moi j'aime bien ça, quand des gens de toutes nationalités viennent vers moi pour qu'on papote "étoiles et planètes". Avec le français, l'anglais et l'allemand, j'ai toujours réussi à entrer en contact avec mon public.
J'étais dans un camping du Loir et Cher, entre Blois et Tours et le ciel y est fort agréable à regarder. La pollution lumineuse de ces 2 grandes villes se fait peu ressentir, et le village voisin (Onzain) est "village étoilé".

Le télescope que j'emmène à chaque fois, c'est mon T150/750. Pratique, facile à monter, transportable au milieu des affaires de camping et de la famille dans la voiture, il est bien suffisant pour animer une soirée sur le pouce.
Le voici en action ci-dessous sur une photo de basse qualité. Elle a été prise par mon aîné avec un smartphone, à la nuit tombée, sans flash, et de loin.
"Mais si, ça ira" qu'il me disait ... Mouais :-/


J'ai donc sorti le télescope chaque soir de beau temps pendant mes vacances en camping. Ce qui fit tout de même 6 soirées. Je m'installais à proximité de l'endroit où étaient les enfants et leurs parents en fin de journée. Et chaque soir se déroulait à peu près selon le même schéma.

On voit certaines planètes dans le ciel alors que le Soleil n'est pas encore couché

C'est la première chose que je m'amusais à leur faire découvrir pour démarrer la soirée. En ce moment, Vénus et Jupiter sont bien repérables avant le coucher du Soleil. Encore fallait-il le savoir. La journée, le Soleil nous cache le ciel en inondant notre atmosphère de sa lumière, mais les étoiles et les planètes sont bien présentes en plein jour, et les plus brillantes se voient quand même.

Vénus présente des phases, comme notre Lune

La star du début de soirée était Vénus. Facile à repérer, l'étoile du Berger brillait pendant environ une heure après le coucher du Soleil. Et comme on la voyait aussi avant le coucher du Soleil, on s'est bien amusés avec notre voisine du système solaire.
Première découverte : elle n'est pas ronde. Dans le télescope à 75x, on voyait approximativement ce qu'il y a sur l'image ci-contre : un tout petit quartier de Lune... Ah non, un quartier de Vénus !
J'avais emmené avec moi quelques sphères (une Terre, un Soleil, et une boule mi-noire mi-jaune pour simuler une planète éclairée par le Soleil). Restait à présenter au sol la position des 3 astres et le quartier de Vénus s'expliquait avec un peu de géométrie (mais 0 calcul).
Quel que soit le grossissement, Vénus ne montrait que son quartier, sans détail à la surface de ses nuages.
Vénus était aussi une occasion rêvée de rappeler à tout-un-chacun ce qu'était un effet de serre. Sujet oh combien d'actualité sur Terre.
(c) Laurent Ferrero - Splendeurs du ciel profond

On peut refaire une expérience vieille de 400 ans avec Jupiter

La plus grosse planète du système solaire ravit toujours autant celles et ceux qui la regardent. Dès les petits grossissements, on repère qu'il s'agit d'une boule (et non d'une étoile comme à l'oeil nu), et qu'elle est suivie par 4 autres petites étoiles plus ou moins bien alignées.
C'est précisément ce qu'a vu Galilée en 1610 quand il a pointé sa lunette astronomique vers Jupiter. L'image était assurément de moins bonne qualité, mais il a vu la même chose. Et chaque soir d'observation, les points changeaient de place. Tantôt 2 à gauche et 2 à droite de Jupiter, tantôt 3 d'un côté et 1 seul de l'autre.
Avec Jupiter, tout devient grand. D'un diamètre de 12 fois le diamètre terrestre, elle possède près de 80 lunes désormais depuis la découverte récente d'une poignée de nouvelles. L'occasion de se raccrocher à l'actualité. Et sa grande tache rouge, que l'on a vue certains soirs a des dimensions qui donnent le vertige également.
A 187x, ses bandes de nuages étaient magnifiques. L'image était bien stable. Je n'ai jamais un tel ciel chez moi. Vive les vacances dans le Loir-et-Cher !!

Saturne, la reine des planètes

J'aimais montrer aux vacanciers que Saturne apparaissait avant la plupart des étoiles. Quelques secondes suffisaient pour pointer manuellement le télescope sur la star des planètes.
Je n'ai pas compté combien de personnes se sont succédé à mon télescope, mais les choses se passaient toujours de la même façon :
- la personne met un genou à terre en s'approchant de l'oculaire (qui était un peu bas)
- elle pose l'oeil sur l'oculaire
- "Ah je crois que je la v.... Woaaaaaahhh !!!!!"
Saturne avait l'incroyable don de faire disparaître la barrière de la langue. Les anglais disaient "Woaaaaaahhh", les néerlandais disaient "Woaaaaaahhh", les enfants disaient "Woaaaaaahhh" et les parents aussi.
"Woaaaaaahhh" était devenu ces 6 soirs-là synonyme de "Saturne" dans toutes les langues. Quand on entendait "Woaaaaaahhh", c'était que la personne découvrait Saturne et ses anneaux. J'en ai vu quelques uns qui revenaient de soir en soir pour se faire un petit shoot de Saturne ;-)
Et ce que je trouvais magique -j'ai du mal à trouver les mots pour le dire-, c'est ce regard qu'avaient les gens quand ils retiraient leur œil de l'oculaire après avoir vu quelque chose comme sur l'image ci-contre.
(c) Fabien Joyau - Les joyaux du ciel

Cette sensation indescriptible d'avoir été les témoins de quelque chose de beau, de grand, quelque chose qu'ils n'imaginaient pas voir un jour, quelque chose qui leur faisait prendre conscience de la beauté et de l'immensité du ciel.
J'ai vu des yeux briller, des regards se perdre, des rêves d'espace se dessiner dans la tête des enfants. A vrai dire, rien de bien différent des autres fois où j'ai montré Saturne à du public. Saturne, c'est "Woaaaaaahhh", et puis c'est tout. Qu'on soit suédois ou sénégalais, chinois ou argentin, observer Saturne c'est une expérience particulière.

Alors pendant que tout le monde essayait de se remettre de cette expérience avec les anneaux de Saturne, j'expliquais qu'on voyait également Titan, sa plus grosse Lune. Qu'un robot européen s'était posé à sa surface, qu'il y coulait des rivières d'hydrocarbures qui se jetaient dans des océans d'hydrocarbures. Le décor était planté :-)


Mars, la rougeoyante

Certaines personnes arrivées avant moi au camping avaient remarqué qu'une étoile très brillante et rouge se levait au Sud-Est en début de soirée. Ils avaient bien vu Mars !
En cette période de grande proximité de la planète Mars, la belle rouge avait fait les titres de l'actu. Trop souvent, mais j'en reparlerai sûrement dans un autre post, avec tout un tas d'exagérations sur le côté exceptionnel de ce qu'il y avait à voir. J'en ai donc profité pour expliquer (et montrer) que :
- Mars était visible à l'oeil nu, et pas seulement le 27 Juillet
- Pas besoin d'attendre 2287 (ou je-ne-sais-plus-quelle-date-débile) pour pouvoir à nouveau l'admirer (coucou LCI)
Les détails manquaient un peu à sa surface pour en faire une expérience visuelle grandiose, mais qu'importe, Mars, tout le monde a quelque chose à dire à son sujet. Alors on a parlé eau, vie (et pas eau-de-vie), robots martiens, humains sur Mars, ...


Des étoiles filantes

J'étais au camping en plein dans la bonne période pour les perséides. Et ça n'a pas manqué, chaque soir de nombreuses étoiles filantes ont été vues. Il faut dire que le ciel du Loir-et-Cher était particulièrement clair. Et la Voie Lactée magnifique. Alors à partir de 23h, on gardait les yeux levés et on attendait en discutant des choses que les gens voulaient bien aborder.
Des questions, ils en avaient plein. Mais c'est marrant ce besoin qu'ont les gens de s'excuser d'avoir une question peut-être bête à poser. A la rigueur, n'est bête que celui/celle qui a une question à poser et qui ne la pose pas.
Il n'a pas fait beau pour le soir du maximum des perséides. Qu'importe, on en a quand même pris plein les mirettes les autres jours.
Et puis ce fut l'occasion de parler des comètes, du mouvement de la Terre dans l'espace, des astéroïdes qui nous menacent, ...


Galaxies, amas, nébuleuses

Celles et ceux qui n'avaient pas d'enfant à coucher et qui me suivaient un peu plus longtemps ont pu voir au télescope la grande galaxie d'Andromède, quelques amas d'étoiles, la nébuleuse de la Lagune où naissent des étoiles, ou encore la nébuleuse de l'Haltère qui signe la mort d'une étoile.




Ainsi passaient les soirées, avec de nouveaux campeurs à chaque fois, et quelques personnes qui revenaient chaque soir.
Certaines questions revenaient aussi à chaque fois :
- "C'est votre métier ?"
- "Vous êtes animateur pour le camping ?"
- "On voit toujours autant de planètes dans le ciel ?"
- "Vous allez rester là toute la nuit ?"

Alors non ce n'est pas mon métier, et oui on peut encore partager gratuitement sa passion. Certes, toutes mes animations ne sont pas toujours gratuites, mais là j'étais en vacances et le ciel était trop beau pour que je le garde pour moi tout seul. Alors c'est que du bonheur, c'est cadeau !
Et dans un camping où finalement tout le monde vit sa p'tite vie sur son p'tit emplacement, organiser des soirées astro sur le pouce me permettait de rencontrer plein de gens de tous horizons. C'est vachement plus sympathique.

Quand au final j'entends tous ces gens me dire :
- "Merci d'avoir partagé votre passion avec nous"
- "Merci, je ne pensais pas voir ça un jour"
- "Merci j'ai appris plein de choses ce soir"
Je me dis que j'ai beaucoup de chance de pouvoir susciter de telles émotions. L'astronomie intéresse beaucoup les gens, pourvu qu'on leur propose cette activité. Alors pas plus tard que le 31/08, je recommencerai :-)



Ah mais au fait ... en suédois, "Saturne" se dit "Saturnus". Mais seulement pour celles et ceux qui ne l'ont jamais vue au télescope. Pour les autres, c'est juste "Woaaaaaahhh" ;-)

26 juin 2018

AT 2018cmi


Dernière nova en date dans M31 : AT2018cmi. La découverte date du 13 Juin et le spectre est arrivé le 2 Juin via l'ATel 11765. Il s'agit d'une nova de type He/N, la première de ce type pour moi :-)
Dans cet ATel, ils en ont profité pour caractériser mon avant-dernière nova (AT2018bto).

11 juin 2018

Conférence à l'UTL Jean Buridan



(c) Michel Kubitowicz - UTL Jean Buridan, Béthune

Jeudi 07 Juin, j'étais invité par l'UTL (Université du Temps Libre) de Béthune à donner une conférence sur le thème de l'astronomie. Cette conférence s'est tenue à l'IUT de Béthune.
J'ai choisi de dérouler l'histoire des grandes découvertes en astronomie.
Mon objectif ici était de retracer les étapes qui ont permis aux hommes (et aux femmes) de comprendre le monde dans lequel nous évoluons.
Du système solaire grec monté sur des sphères à l'espace temps courbé par les masses en passant par Copernic, Galilée, Kepler, Newton, nous avons passé en revue tous les événements qui nous ont permis de constater que l'Univers, c'est vachement grand, et que nous ne sommes pas au centre du monde.
L'idée était, non pas de lister ce que nous savons, mais de montrer comment cette connaissance a été construite. Et aussi de montrer que des femmes sont à la base de découvertes essentielles, chose qui n'est pas assez connue.

Je n'ai pas oublié de faire un slide sur Henrietta Lewitt qui posa les bases qui amenèrent à la découverte des galaxies, puis de l'expansion de l'Univers. J'avais également un slide sur Vera Rubin qui découvrit la matière noire qu'on cherche encore de nos jours. Malgré cela, on m'a tout de même demandé : "Mais où sont les femmes ?". L'occasion de revenir plus en détails sur quelques autres noms essentiels (Jocelyn Bell, Margareth Hamilton, ...) et leurs histoires. Ce n'était pas le thème de la conférence, mais ça me tenait à cœur de l'aborder car leurs travaux, pourtant essentiels, n'ont pas la visibilité qu'ils méritent.

D'ailleurs, parce que cela me prendrait trop de temps de toutes les citer, l'astrophysicienne Yaël Nazé (qu'il faut aller voir en conférence) raconte tout ça très bien dans "l'Astronomie au Féminin" ICI et ICI.

Sinon, côté UTL, j'ai rencontré une équipe fort sympathique et dynamique. Si vous êtes dans les environs de Béthune et que vous avez quelques après-midi de libres, n'hésitez pas à aller vous cultiver. Pour rappel (parce que l'année se termine), quelques exemples de conférences de l'année 2017-2018 :

  • Les Institutions, l'Etat dans les territoires
  • Les primitifs italiens de Sienne à Florence
  • Le Souvenir, la Mémoire, l'Oubli 
  • Quel avenir énergétique ? Bonne nouvelle la terre continue de tourner !
  • L’impression 3 D 
  • L'Europe de la Défense, quelle sécurité européenne ?
  • Les Territoires Intelligents.
  • Le changement climatique dans les Hauts de France
  • Comment améliorer son cadre de vie,sa santé et son être ?
  • La médiamorphose ou la mutation des journaux
  • Les Lettres Nomades, rencontre avec trois auteurs internationaux
  • L'histoire de l'Astronomie et des Grandes Découvertes
  • La genèse du Louvre Lens 

Le programme de l'année 2018-2019 est quasi clos et sortira très prochainement. Vous pouvez contacter utlburidan@gmail.com pour plus d'informations.

Un grand merci à Jean-Pierre PAKULA pour l'invitation et à toute l'équipe pour l'accueil lors de cette journée. Bon courage pour cette nouvelle année

21 mai 2018

Novae de printemps


Le retour du printemps signe aussi le retour de la galaxie M31 qui s'extrait tout doucement des lueurs du Soleil dans le ciel du matin. Et pour ma première image de cette nouvelle saison : bingo la nova !

AT2018bcy

Découverte le 30 Avril, cette probable nova (toujours pas de spectre à ce jour) n'a cessé de briller jusqu'à aujourd'hui.

Tous les détails de la découverte sont ici.
AT2018bgr

Découverte le 08 Mai, cette probable nova n'est pas restée brillante bien longtemps. Suffisamment tout de même pour ne pas la confondre avec un flare stellaire.
C'est la (probable) nova la plus éloignée du centre de M31 que j'ai trouvée jusqu'à présent.

Tous les détails de la découverte sont ici.
AT2018bto

La p'tite dernière a été découverte le 19 Mai, mais j'en avais une image faible de la veille (ci-contre).
Elle fut rapidement confirmée par K. Hornoch via l'ATEL 11656.

Tous les détails de la découverte sont ici.

L'un des principaux problèmes que l'on a avec ces probables novae de début de saison est qu'il est compliqué d'en obtenir un spectre. Les télescopes capables d'en faire un spectre doivent attendre qu'elles soient assez hautes pour les pointer, et l'accumulation de photons va durer pas mal de minutes. Mais comme ces novae se lèvent peu de temps avant l'aurore, rapidement il devient impossible de les imager davantage.
Alors qu'en photométrie, et particulièrement quand on est pas attaché à une mesure d'une précision absolue, en 5 minutes l'affaire peut être réglée.

Il est donc fort possible que ces 3 probables novae demeurent des objets non typés jusqu'à leur extinction. La photométrie laisse peu de doutes sur leur véritable nature, mais en matière de typage, c'est la spectroscopie qui fait foi.

Pénurie de SN ?


Alors qu'en 2017, le triplet "bto" dans le TNS avait été atteint le 24 Février, cette année il fut donc atteint le ... 19 Mai. Signe d'une année 2018 qui compte bien moins de découvertes que 2017.
Y a t-il vraiment eu 2 fois moins d'explosions cette année dans l'Univers ?
Pas vraiment. L'écart s'explique par le peu de découvertes issues du survey PanStarrs1 (PS1). PS1 était le plus gros contributeur de découvertes de possibles supernovae l'année dernière (3342), mais n'en compte que 409 pour 2018, avec la dernière découverte datant du 19 Avril. Les possibles supernovae découvertes par PS1 étaient lointaines et atteignaient péniblement la magnitude 20, quand elles l'atteignaient.
En visant des galaxies que personne d'autre ne pouvait voir, PS1 découvrait des supernovae à la pelle et gonflait fortement les statistiques de découvertes. Sa presque absence ces derniers mois se remarque donc dans la nomenclature des objets fraîchement découverts :-)

La stat du mois


AT2018bcy est seulement la 11ème nova découverte dans M31 au cours d'un mois d'Avril depuis la première détection de nova dans M31 en 1909. Comme précisé en préambule, le mois d'Avril n'est pas propice à l'observation de cette galaxie alors qu'on peut s'attendre à y observer autant de novae que les autres mois (en moyenne 100 depuis 1909 pour les 11 autres mois).
Source : http://www.mpe.mpg.de/~m31novae/opt/m31/data/ascii/M31_table1.dat