21 août 2020

La Chapelle-aux-Lys, un village dans les étoiles


 A la faveur d'un déplacement en Vendée cet été, je souhaitais aller faire un tour à La Chapelle-aux-Lys, qui a la particularité d'être la plus petite commune au Monde (250 habitants) à être pourvue d'un planétarium. La commune est également connue depuis une douzaine d'années pour son festival d'astronomie en Août. Mais ce festival, écourté cette année pour raisons sanitaires, s'est produit 2 jours avant mon arrivée.

La Chapelle-aux-Lys possède également un sentier de randonnée, nommé "Le chemin aux étoiles", qui permet de se balader tranquillement dans le village. Son histoire est racontée ici.

Tout le village est tourné vers les étoiles, à la faveur d'actions de la municipalité, de l'association AstroLys et d'Olivier Sauzereau.

Faisons un petit tour du propriétaire, en commençant par la mairie.

D'immenses panneaux photo encadrent l'entrée de la mairie. Et tant qu'à faire, des photos du télescope spatial Hubble. Bienvenue au pays des étoiles !

Mais ce n'est pas tout ce qu'on trouve à la mairie. Des cadrans solaires, dont un cadran solaire humain, et une méridienne. 



La ligne méridienne de la Chapelle-aux-Lys, avec ses 12 mètres de long, tente sa chance comme méridien de référence depuis que les anglais ont choisi le Brexit et que le méridien de Greenwich, totalement arbitraire, a son point de référence hors de l'UE. L'humour Capellaulissien vaut bien l'humour anglais ;-)

Mais l'astronomie à la Chapelle-aux-Lys ne se résume pas à la devanture de sa mairie. Sur le parking au centre du village, de grands panneaux accueillent les visiteurs. Des amas de galaxies, des nébuleuses, la Lune, le Soleil, des panoramas du ciel... on se balade entre des images des grands observatoires astronomiques (HST, SDO) et des images de l'astrophotographe local : Olivier Sauzereau.

Le chemin aux étoiles, quant à lui, est un circuit de randonnée dans tout le village organisé selon le plan ci-dessous.


Le principe en est assez simple. La première boucle de randonnée (en rose ci-dessus) est une boucle temporelle. Chaque fois que l'on parcourt 1 mètre, on fait défiler 3 millions d'années. L'âge de l'Univers étant d'un peu plus de 13 milliards d'années, le parcours fait donc 4567 mètres. Et tout au long du parcours, des panneaux nous présentent des moments cruciaux de l'histoire de l'Univers placés à la bonne distance temporelle du départ. La naissance de la Terre, par exemple, n'intervient qu'au bout de 3 kilomètres (sur 4,5 km au total). Et les derniers événements liés à l'espèce humaine (de Lucy à nos jours) se déroulent sur le dernier mètre du parcours. Une belle occasion de remettre en perspective les durées extrêmement longues en jeu ici.

Lorsqu'on arrive à l'étape "Naissance du Soleil", on peut emprunter un second chemin de randonnée, qui va nous permettre de nous promener dans le Système Solaire. Cette fois-ci c'est une boucle spatiale. Chaque fois que l'on parcourt 1 mètre, on fait en réalité 5 millions de kilomètres dans le Système Solaire. On part donc pour une boucle de 1675 mètres, avec les planètes telluriques qui arrivent assez rapidement après le Soleil, et puis les distances qui s'allongent à mesure que l'on s'enfonce vers les confins du Système Solaire. La boucle se termine par Proxima du Centaure, l'étoile la plus proche du Soleil, positionnée en fin de parcours pour des raisons pratiques. A l'échelle du parcours, sa vraie position devrait la situer du côté de Rio de Janeiro. Un peu loin... On se représente alors assez bien les distances en jeu.


Alors si vous passez dans le secteur, chaussez vos chaussures de randonnées et n'hésitez pas à suivre le fléchage :-)

La campagne cappellaulissienne est magnifique. Et si vous suivez consciencieusement les flèches...


...vous apercevrez de temps en temps des bornes telles que celles-ci, expliquant chacune des étapes importantes de l'Univers.

Et lors de le seconde boucle dans le Système Solaire, la position des planètes est matérialisée par ces magnifiques panneaux.

Au total, il y en a pour à peu près 3 heures de randonnée si on fait le parcours complet à vitesse raisonnable. Ça monte, ça descend, on passe en forêt, dans les champs, sur un peu de route bitumée, et on prend un grand bol d'air, sur des sentiers parfaitement praticables.

 

Le parcours s'achève à proximité du planétarium. Lui aussi unique en son genre compte tenu de la taille du village. D'une capacité d'une douzaine de personnes, il présente la plupart des capacités des planétariums traditionnels (projection du ciel à toute date et tout emplacement sur Terre, projection de petits films). Nous y avons passé une heure très sympathique.




Difficile de tout montrer en une seule fois, on en prend plein la vue dans tout le village et le planétarium fut un magnifique finish. 

Au final, il faut féliciter toutes les personnes qui ont œuvré à faire de la chapelle-aux-Lys cette petite merveille astronomique, et je remercie particulièrement ceux que j'ai eu la chance de rencontrer ce jour-là (le maire Philippe Boisson, Robert Pasquier d'Astrolys et Olivier Sauzereau).

J'ai passé un excellent moment en famille :-)


28 juin 2020

Comment tout a commencé


Illustration d'une occultation d'étoile par un astéroïde
(Source : http://users.skynet.be/boninsegna/astro12b.htm)

En 2010, j'avais déjà quasiment 20 ans de pratique de l'astronomie derrière moi. Mais c'était une passion essentiellement contemplative. Je passais mes nuits à observer le ciel, ou à le montrer à d'autres personnes. Je débutais aussi en astrophotographie et je faisais uniquement de la photo au téléobjectif.
Quant aux Sciences, certes je baignais dedans depuis tout petit à travers mes lectures, certes j'avais suivi un cursus scolaire scientifique complet se soldant par un diplôme d'ingénieur, mais j'étais là encore plus contemplatif qu'actif. Ce que l'on appelle "méthode scientifique" était un concept encore un peu flou, ce qui peut paraître ahurissant en analysant mon parcours scolaire.

La recherche en astronomie, je ne m'y intéressais qu'à travers les magazines (Ciel & Espace, Astronomie Magazine, ...) et ne savais même pas que les amateurs pouvaient apporter leur contribution. De toutes façons, je n'avais pas de gros matériel, alors à quoi bon ?
J'aurais pu en rester là, et ce blog n'existerait pas aujourd'hui. Mais toute aventure a son événement fondateur, et celles que j'ai vécues ces 10 dernières années n'ont été possibles que parce que cet événement fondateur a eu lieu : l'occultation de l'étoile Delta Ophiuci par l'astéroïde (472)Roma le Jeudi 08 Juillet 2010 vers 23h58.

Pour mettre en contexte ce que je présente ci-dessous, il faut savoir que lors de mes études d'ingénieur, j'ai remis en place avec quelques potes un club d'astronomie dans mon école, et qu'il s'appelait SIRIUS. Nous planifiions pas mal de sorties, mais bien souvent, la météo n'était pas de notre côté et nous avions inventé pour l'occasion le fameux "Théorème Sirius" qui s'énonce peu ou prou ainsi :
"La probabilité d'observer un événement astronomique dans de bonnes conditions est inversement proportionnelle au produit du temps passé à préparer la-dite observation par la coolitude de l'événement"
Alerté par un magazine de la survenue de l'occultation d'une étoile très brillante, j'alertais donc mes camarades dès le 30 Juin, pour un événement prévu 8 jours plus tard. Il est bon d'anticiper, mais pas trop (théorème Sirius... tout çà... tout çà)

Mail aux copains, datant du 30 Juin 2010

Pour celles et ceux qui auraient l'occasion d'être dans la bande d'éclipse ci-après, y'a quelque chose à voir !
http://asteroidoccultation.com/2010_07/0708_472_21049_MapE.gif
C'est une étoile de magnitude 2.7 (donc brillante) qui va être occultée par un astéroïde de magnitude 13.5 (donc carrément pas brillant). Autant dire qu'on verra surtout, même à l'oeil nu, une étoile qui va s'éteindre pendant quelques secondes.
L'étoile, c'est Delta de l'Ophiucus. L'astéroïde s'appelle Roma. Et l'éclipse a lieu le 8 Juillet 2010, entre 23h58 et 23h59 (locale) suivant l'endroit sur la ligne en France où vous vous trouverez. Le plus proche de chez nous, c'est Reims.
Il est vraiment rare d'observer des occultations sur des étoiles aussi brillantes... Avis aux amateurs !
Certes, il y a 2 heures de route pour y aller mais :

  • une occultation d'étoile par un astéroïde visible près de chez nous n'arrive pas tous les mois ;
  • une occultation d'une étoile aussi brillante n'arrive pas tous les ans (depuis la Terre) ;
  • ca peut être filmé étant donné la magnitude de Delta Ophiuci ;
  • c'est une occasion de rééditer, avec plus de succès, les conneries d'il y a 11 ans (11 comme le 11 Août 1999, la sortie 11 de l'A1 (Montdidier), maximum de l'eclipse à 11h03TU, ...).


C'est la nuit entre le Jeudi 8 et le Vendredi 9 ... Pas forcément facile pour tout le monde, je peux le concevoir. Ca fait rentrer à la maison à 3h du mat' ce truc.

Et comme il y a toujours une incertitude sur la position de la bande d'éclipse de quelques kilomètres, je vous le promets, il est possible de rater le coche ! Si ça c'est pas une garantie d'une bonne sortie foireuse de Sirius !!

Voilà voilà, pour ceux qui seraient insomniaques et en vacances.



Les copains répondent présents. De toutes façons, au pire, on va juste bien s'amuser.
Ce qui m'attirait le plus, outre le fait qu'une étoile brillante allait littéralement disparaître pendant quelques secondes, c'était que l'on pouvait à cette occasion mesurer l'astéroïde. Et même encore mieux que ça, on pouvait en dessiner la forme !
C'est là que quelque chose s'est allumé en moi. On peut dessiner la forme d'un astéroïde rien qu'en regardant une étoile disparaître, alors que les plus puissants télescopes du monde sont incapables de grossir suffisamment pour en dessiner les contours. Et d'après ce que je lisais sur Internet, des astronomes amateurs jouaient à ça quasiment tous les jours.
J'ai commencé à dévorer leurs forums/blogs/sites webs, notamment celui d'Euraster qui publiait en français des infos utiles pour les amateurs.

Fort de toutes ces lectures, à J-4 on attaque sérieusement les préparatifs.


Mail aux copains, datant du 04 Juillet 2010

Bon alors, petit état des lieux :
Les 2 principaux servers de météo français ne sont pas d'accord pour Jeudi. MétéoFrance indique un temps magnifique et Météo Consult indique une bande orageuse sur la France allant de Biarritz au Luxembourg, soit très exactement la bande de visibilité de l'éclipse ... Ca vous rappelle quelque chose ? Affaire à suivre ...
Le départ se situerait plutôt vers 19h30. Pour la bouffe, au choix :

  • on s'arrête quelque part sur la route pour prendre quelque chose rapido ;
  • on prépare chacun son casse dalle et on le mange dans la voiture (reste un problème pour le chauffeur) ;
  • on attend d'être sur place (22h) pour manger ce qu'on a préparé, avec vue sur coucher de soleil.
Inventaire du matériel qui serait intéressant.
Pouvez-vous me dire si vous possédez :

  • une paire de jumelles ;
  • un appareil photo numérique ;
  • un trépied pour la photo ;
  • un télescope de 3 mètres de diamètre en kit.
Sinon, en cas de pépin météo, faire l'inventaire du matériel qui serait intéressant :

  • un jeu de tarot ;
  • un peu de musique ;
  • tout instrument rigolo pour faire la fête.
Alors ? Qui possède quoi ?


A l'époque les prévisions d'occultation d'étoiles par les astéroïdes étaient déjà assez précises, mais pour des événements aussi particuliers que celui-là, les calculs étaient faits, refaits, passés dans diverses moulinettes et il y a eu plusieurs légères corrections de trajectoires dans les derniers jours. N'y connaissant rien dans le domaine, et ne connaissant personne qui puisse m'aiguiller, je ne savais pas à quel modèle me fier.

Alors j'ai fait la seule chose qui me semblait possible, j'ai superposé toutes les prédictions sur une seule carte. Notez ici le semblant de commencement de début de démarche scientifique. Ça vaut ce que ça vaut, mais je débute :-)



Mail aux copains, datant du 05 Juillet 2010
Suite des infos. Ca se précise au niveau des estimations de couloir d'observation.J'ai compilé trois éminentes sources de calculs ... Ca converge presque !
Je vous ai mis les 3 bandes d'occultation estimées sur le même dessin et ai hachuré en vert la zone qui est commune aux 3 pronostics ... Ca se confirme pour Reims !

Ciel & Espace publie une carte à J-2, mais basée sur un calcul plus ancien. Ça colle quand même... Allez go ! On choisit notre destination !


Mail aux copains, datant du 07 Juillet 2010
Et la carte de Ciel & Espace, bien que ancienne, reste compatible avec ma "bande verte" du mail précédent.Je vous proposerai donc Bergnicourt pour poser nos fesses !
C'est un peu au Nord de Reims, en pleine campagne. Si ça se trouve, au sera au milieu des vignes ... :o)


Et le grand jour arrive : Jeudi 08 Juillet 2010 : l'occultation de l'étoile Delta Ophiuci (appelée aussi Yed Prior) est pour ce soir !


Mail aux copains, datant du 08 Juillet 2010

Tous les servers météo sont d'accord ce matin pour dire qu'il fera beau ce soir et cette nuit en Champagne Ardennes :o)
Je me suis branché sur l'horloge parlante pour les mesures.
J'ai testé la vidéo sur Yed Prior vers minuit. Elle est visible dans l'appareil et est naturellement bien visible aussi à l'oeil nu. On aura même une petite demi-heure pour se préparer.
Au cas où je ne l'aurais pas dit à tout le monde : je vous emmène dans mon van, y'a de la place pour tout le monde et pour vos affaires.


Et c'est ici que les choses intéressantes commencent. Alors que les copains vont débarquer en dilettante ce soir pour observer un truc cool, je me prépare comme je peux à réaliser une mesure scientifique, avec les moyens dont je dispose.
Objectif : mesurer l'heure exacte, à la seconde près, à laquelle l'étoile Yed Prior va disparaître puis réapparaître. J'ai vu sur Internet que les gars qui jouent à ça ont des boîtiers GPS reliés à des caméras sophistiquées, et que la date au centième de seconde est incrustée sur chaque image des vidéos qu'ils prennent... Moi je n'ai rien de tout ça, mais je voudrais quand même mesurer quelque chose.
Pour avoir l'heure exacte, j'ai l'horloge parlante. Elle donne la seconde près. Mais je ne vais pas l'appeler au moment précis de la disparition de l'étoile. D'autant que la précision de l'horloge parlante n'était garantie, à l'époque, qu'avec un téléphone filaire, pas avec un mobile...
Mais j'ai aussi France Inter, qui donne un bip précis à la seconde toutes les heures. Là encore, ça ne marche que pour les heures rondes.
J'ai aussi une application mobile (merci Apple) qui fait 1 bip toutes les secondes tout en m'affichant l'heure (quelle belle idée).


Alors voici la solution que j'ai imaginée (et testée à l'avance) :

  • Dès le matin, j'écoute France Inter et je cale mon mobile sur le bip horaire. Je désactive au passage la mise à jour automatique ;
  • Une heure plus tard, et toutes les heures suivantes, je remets France Inter pour voir si j'ai une dérive (fort heureusement non) ;
  • Une dernière vérification sur place à 23h00 avec la radio de la voiture. Si j'ai un décalage d'une seconde, je sais que je devrais décaler toutes mes mesures d'une seconde. Finalement ça va ;
  • Quand je lance la vidéo pour capturer l'événement, je colle près du micro mon mobile qui fait 1 bip toutes les secondes, et dès qu'une minute commence, je parle près du micro pour indiquer à quelle minute correspond le bip. Car je lis l'heure exacte sur le mobile que j'ai en main... C'est ma façon à moi d'incruster l'heure dans la vidéo.

Quant à la prise de vidéo, je la réalise avec un bridge Panasonic DMC FZ28. Cet appareil possédait un zoom de 32x, ce qui me permettait de viser sans problème en mode vidéo l'étoile Yed Prior qui était de magnitude 2. Je ne voyais pas les étoiles de magnitude 4, mais ce n'était pas grave.
Car autre chose importante lorsqu'on veut mesurer le flux d'une étoile, il faut une étoile de comparaison. Si les 2 étoiles disparaissent ensemble, c'est un nuage qui passe, mais si l'une des deux seulement disparaît, c'est une occultation.
Et il se trouve (oh joie) que juste à côté de Yed Prior, il y a l'étoile Yed Posterior et qu'elle a sensiblement le même éclat qu'elle. Donc mon étoile de comparaison était toute trouvée ! Je pouvais facilement mettre les 2 dans mon champ de capture.
J'ai donc fait un certain nombre d'essais les nuits précédentes avec l'appareil photo sur un trépied motorisé pour préparer le jour J.


Je ne m'en rendais pas forcément compte à ce moment-là, mais je venais de réaliser un protocole complet d'observation et de le tester à l'avance, en prenant soin de prévoir tous les biais qui pourraient rendre mes observations caduques...


Passons rapidement sur l'épopée que fut notre voyage. Entre la ronde pour récupérer tout le monde dans mon van, le repas pris sur le pouce à base de pizzas et de sodas, les chansons sur la route, mon copilote qui nous a perdu dans la campagne ardennaise... Que des bons moments de rigolades entre potes partis faire les zouaves :-)

Bergnicourt, au Nord de Reims, était notre destination. Mais c'est dans le village d'à côté que nous avons trouvé notre point de chute, sur un parking du Châtelet-sur-Retourne, à l'écart des habitations.



Un endroit calme pour observer les étoiles (c) Google Maps

L'installation du matériel se fait dans le noir, nous sommes arrivés un peu plus tard que prévu. Nous avions prévu ce qu'il fallait comme lampes/torches pour y voir clair. Ci-dessous, le trépied motorisé utilisé. Il accueillait d'habitude un télescope de 100mm de diamètre (F/D 6), mais ce soir-là, j'y ai posé uniquement mon Panasonic DMC FZ28.




Une fois que tout est installé, en avant la vidéo avec l'appli mobile collée au Panasonic et moi juste à côté, un oeil sur Yed Prior et un oeil sur ma montre pour donner les tops sur la bande son.
J'ai donc ces quelques minutes en souvenir :-)




SPOILER :

Si vous avez écouté la bande son (oui le bip toutes les secondes est désagréable, mais c'est pour la Science!), vous aurez compris que nous n'avons pas vu l'étoile disparaître.
Mais si vous regardez la barre de défilement de votre navigateur, vous vous doutez que l'histoire est loin d'être terminée :-)


Déception donc, nous n'avons pas vu l'étoile disparaître. Mais comme je l'avais lu un peu partout, ne pas voir la disparition est aussi un élément important pour la recherche astronomique. Puisqu'on veut savoir très précisément où était passée l'ombre de l'astéroïde pour affiner sa trajectoire, je me devais de renvoyer un résultat. Ici c'est au coordinateur européen Eric Frappa (qui se trouve être français) que je devais renvoyer un formulaire d'observation négative.
Comme je partais en vacances juste après l'occultation, je n'ai envoyé mon rapport que le 28 Juillet à 15h40.
Deux heures plus tard,réponse d'Eric :


Mail d'Eric Frappa du 28 Juillet 2010

Bonjour Emmanuel,

Merci pour le rapport.
Les éléments que j'ai déjà me montrent que tu étais au bord SE de la bande et que l'occultation était partielle depuis ton site, mais potentiellement invisible à l'oeil nu (chute probablement < 50%).

Peux-tu me renvoyer l'image ci-jointe en y pointant, avec n'importe quel logiciel de dessin, ta position exacte? Ou alors me donner toi-même ta
position sur Google Earth avec un précision d'un dixième de seconde d'arc.

Merci
Cordialement
Eric


Vous le voyez remonter le taux d'adrénaline ? :-)
Bon alors ... ma position exacte. Au mètre près finalement. Ils ne rigolent pas les gars, on est dans la précision ! Et je me permets, en lui répondant, de lui signaler que j'ai une vidéo de l'événement. A tout hasard...

Ni une, ni deux, Eric me demande de la lui fournir. Il va l'analyser.


Mail d'Eric Frappa du 29 Juillet 2010

Bonsoir Emmanuel,

J'ai bien récupéré la vidéo.
Bonne nouvelle: ton occultation partielle est parfaitement visible.
Certes, il y a une énorme scintillation à cause du petit diamètre de l'objectif, mais il n'y a aucun doute.

Ci-joint 2 courbes photométriques de 104s de ta vidéo autour de l'appulse estimée d'après les données réelles:
- La première montre l'étoile cible avec une photométrie d'ouverture réalisée sur des intégrations de 6 images (0.2s de résolution temporelle).
 
- La deuxième montre l'étoile cible (en bleu) + Yed Posterior (en jaune) et des intégrations de 32 images (résolution de ~1s).

Une première analyse sous Excel me donne une chute de lumière de ~50% qui s'est maintenue pendant 3.6s avec des montée/descente de l'ordre de 0.4s (le centre de cette chute est aux environs de la seconde 54 sur ta vidéo).

C'est une très bonne nouvelle, puisque quand on en sera à la prise en compte du profil dans la réduction (pour cette occultation, le diamètre apparent de l'étoile représente 35% du diamètre apparent de l'astéroïde, ce qui est énorme), le centre de l'étoile devrait être atteint par le bord de l'astéroïde avant cette valeur. Ce qui veut dire que je pourrais peut-être sortir une corde à l'extrême bord de Roma à partir de ton observation.




Au final, ce qui avait été pris pour un demi-échec est au contraire un énorme succès. Observer une occultation partielle de l'étoile (truc de dingue quand on repense au diamètre d'une étoile dans le ciel) permet d'avoir une précision incroyable sur la position d'un des bords de l'astéroïde.
Quand on compile les observations de tout le monde (222 personnes, dont 25 observations positives), on peut retrouver les dimensions de l'astéroïde (472)Roma ainsi que sa forme générale.


Cette aventure a complètement transformé ma vision de l'astronomie amateur sur bien des aspects :

CE QUE JE PENSAIS AVANTCE QUE J'AI COMPRIS CE JOUR-LA
Les astronomes amateurs ne peuvent pas apporter leur pierre à la ScienceMais en fait, ils font ça tous les jours !
Ou alors leurs résultats ne sont pas pris au sérieuxIls sont mélangés à ceux des pros
Les pros vont nous prendre de hautY'a pas plus sympa qu'un pro à qui tu dis "J'ai des data pour toi !"
Ne pas observer un événement, c'est dommageL'absence d'observation EST une observation avec une vraie valeur ajoutée
C'est super compliqué et contraignant de suivre un protocole scientifiqueCertes, mais comme tout ça s'apprend, et c'est la garantie d'avoir un résultat au top, alors allons-y !
Mes potes sont des grands maladesJ'étais en dessous de la vérité !!!

Alors depuis ce jour, je me suis intéressé à tous les domaines de collaboration entre amateurs et professionnels en astronomie, avec des aventures qui remplissent désormais plus d'une centaine de posts sur ce blog.
Et tout cela a commencé fin Juin, en 2010, quand je me suis dit : "Hey ! Et si moi aussi j'aidais à mesurer un astéroïde ?"

2 juin 2020

Prix Gemini




Content en lisant le numéro de Juin du journal "L'astronomie" :-)
Le résultat du prix Gémini est sorti et l'équipe dont je fais partie pour le suivi et la détection de transits exoplanétaires l'a reçu, à l'unanimité des membres du jury.

C'est un prix qui a été mis en place cette année par la Société Astronomique de France (SAF) et la Société Française d'Astronomie et d'Astrophysique (S2FA, un équivalent de la SAF, mais avec uniquement des astronomes professionnels qui représente la France à l'Union Astronomique Internationale) pour encourager et féliciter des collaborations entre astronomes amateurs et professionnels.

L'appel à candidature avait été lancé il y a quelques mois, et Alexandre Santerne, l'astronome professionnel qui chapeaute notre groupe avait jugé que ça pouvait se tenter. Nous avions tous dû faire un petit résumé de notre contribution à la recherche et au suivi d'exoplanètes, et Alexandre a packagé tout ça pour l'envoyer à la SAF et à la SF2A.

Nous aurions dû être à Paris pour les journées de la SF2A cette semaine pour la remise du prix. Mais en raison des conditions sanitaires actuelles, ces journées ont été reportées à l'année prochaine. La remise du prix a dû se faire en visio cette année. Et la vidéo est disponible sur le compte de Thierry Midavaine, membre de la SAF :



Voilà une chouette aventure, qui en appelle évidemment d'autres car nous sommes toujours en lien avec Alexandre pour guetter, avec lui, les passages furtifs de tous ces nouveaux mondes qui ne demandent qu'à être découverts ou caractérisés.
J'avais fait un billet en 2016 sur l'une de nos collaborations pour la découverte d'une nouvelle exoplanète : http://econseil.blogspot.com/2016/01/collaboration-amateurspros-pour-la.html. C'est pile poil dans l'esprit de ce que le prix Gemini cherche à mettre en avant.

18 mai 2020

Ballet de Vénus et Mercure


Peut-être aviez-vous remarqué depuis quelques mois une étoile très brillante le soir au coucher du Soleil, en direction de l'Ouest. Il s'agit de la planète Vénus, celle que l'on surnomme poétiquement l'étoile du berger.
Les jours qui viennent vont voir se produire un rapprochement serré entre les planètes Mercure et Vénus dans le ciel du soir. Loin d'être exceptionnel ou rare, cet événement n'est pourtant que rarement remarqué car il se passe toujours en plein crépuscule, quand le ciel est encore très lumineux.
Voici comment les repérer, jour par jour, à l'oeil nu ou aux jumelles.


Lundi 18 Mai - 22h00


Il suffit de repérer à quel endroit le Soleil s'est couché, et vous noterez très facilement 15-20 minutes plus tard un astre brillant au dessus de l'horizon dans la même direction. Il s'agit de la planète Vénus.
La nouveauté cette semaine est qu'elle sera accompagnée par la planète Mercure. Cette dernière est toujours très compliquée à observer, et à part les astronomes amateurs, personne ne la remarque en général.
Ici à 22h00, pas de difficultés pour trouver Mercure un peu à droite de Vénus, et à la moitié de sa hauteur par rapport à l'horizon. Une paire de jumelles vous rendra la tache encore plus facile.
Attention de ne surtout pas pointer une paire de jumelles dans cette direction si le Soleil n'est pas encore couché ! L'opération doit être faite avec le Soleil basculé sous l'horizon.


Mardi 19 Mai - 22h00


Même heure que la veille, même endroit dans le ciel. On remarque que l'écart entre Mercure et Vénus s'est réduit. Vénus file vers le Soleil, et en même temps Mercure s'en éloigne.


Mercredi 20 Mai - 22h00


Mercure et Vénus sont maintenant toutes proches. Dans une paire de jumelles, les deux devraient être dans le même champ.


Jeudi 21 Mai - 22h00


Ce soir à 22h00, si vous n'avez pas encore vu Mercure jusqu'à présent, il devient plus que facile de la repérer puisqu'elle sera juste en dessous de Vénus.
C'est l'occasion de pointer un petit télescope sur ce duo et constater les différences d'apparences entre les 2 planètes. Vénus est en forme de fin croissant, alors que Mercure est pleine aux 3/4 (gibbeuse).
Par contre, autant Vénus est assez grande et accessible à de petites jumelles, autant il faudra pousser les petits télescopes dans leurs retranchements pour apercevoir la forme de la toute petite Mercure.


Vendredi 22 Mai - 22h00


Toujours très facile d'observer Mercure ce soir puisqu'elle se trouve désormais légèrement à gauche de Vénus, mais à la même hauteur dans le ciel. 


Samedi 23 Mai - 22h00


Les deux planètes s'éloignent à nouveau l'une de l'autre. Il faudra peut-être attendre encore quelques minutes que le Soleil soit d'avantage sous l'horizon pour bien apercevoir la petite Mercure. 
La Lune fait son apparition dans le ciel du soir (derrière un arbre sur l'image ci-dessus). Elle sera très difficile à observer dans les lueurs du crépuscule. Mais demain...


Dimanche 24 Mai - 22h00


Sans doute le plus beau rapprochement planétaire de ce mois-ci, avec la Lune qui vient se joindre au duo vedette de la semaine. Le fin croissant lunaire pourra aider à retrouver Mercure, perdue dans les lueurs du crépuscule, et qui se trouvera juste à sa droite.


Lundi 25 Mai - 22h00


Un des derniers jours où le duo sera facilement observable. Ici en configuration à 3 avec la Lune, Mercure et Vénus formeront un bel alignement.


Résumé en animation


Et voici ce que donne ce ballet de planètes si on l'anime sur une semaine. N'oubliez pas d'immortaliser ces moments et de les partager autour de vous.



16 avril 2020

Un peu de poésie


Depuis 2 jours, la Lune donne rendez-vous au trio de planètes Mars-Saturne-Jupiter dans le ciel du matin, entre 05h30 et 06h00. L'occasion pour moi d'immortaliser la scène, avec également un petit poème pour inviter tout-un-chacun à regarder plus souvent par la fenêtre.




Ce Jeudi 16 Avril, quand la planète Mars
Se leva timidement au dessus de la Lune
Elle était avec ses deux comparses
La grande Jupiter et la belle Saturne

Tellement lointaines et ici tellement proches
C'est ce qu'on appelle une conjonction
Elle se tiennent dans un mouchoir de poche
Comme un pied de nez à l'actuelle distanciation

Beaucoup plus loin encore il y a des étoiles
Qui semblent pourtant être juste à côté
Elles complètent ce ballet matinal
D'astres tous ensemble, et pourtant confinés

Pour lutter contre le confinement
Il suffit de regarder par la fenêtre
Dehors il y a tout le firmament
Pour se balader sur des milliards de kilomètres



Une version annotée, avec les distances en jeu :



Il y a 2 jours, la Lune était beaucoup plus à l'Ouest. La vue était aussi très sympathique.


10 avril 2020

Bepi Colombo - Earth flyby - Mes images


Passage de Bepi Colombo à 12700km de la Terre (c) Heavens Above

Ce Vendredi 10 Avril 2020 vers 04h30 UTC (06h30 heure locale française), la sonde Bepi Colombo (ESA & JAXA) est revenue du côté de la Terre pour profiter d'un effet de fronde gravitationnelle afin de pouvoir atteindre Mercure dans quelques années. Ce passage était assez proche (~12700km) et était observable dans de bonnes conditions depuis une bonne partie de l'hémisphère Sud.

Mais comme je suis joueur, et que j'ai vu que depuis le Nord de la France la sonde passait quand même à 3° au dessus de l'horizon, je me suis dit qu'après tout l'adage "Qui ne tente rien n'a rien" s'appliquait parfaitement à la situation. Après tout, j'avais gardé un bon souvenir du survol de la sonde Juno, en 2013, et j'aime bien collectionner les bons souvenirs.

Position de Bepi Colombo dans le ciel
entre 05h50 et 06h00 depuis mon domicile
Pour être honnête, 3° c'est super bas pour une observation astronomique. Je n'avais jamais tenté cela.
Mais mon observation réussie Lundi dernier d'une étoile de magnitude 10 avec des poses de seulement 150ms à une hauteur de 10° me laissait entrevoir qu'avec des poses plus longues, quelque chose pouvait se tenter à 3° de hauteur.
Différence majeure entre les 2 observations : la pollution lumineuse dans la direction Sud-Est.

Trajectoire de Bepi Colombo entre les cables électriques et la cabane de jardin

Effectivement, après quelques tests entre 05h00 et 05h30 avec l'APN ou la ZWO ASI 120MM, je devais me résoudre à abandonner l'observation depuis mon jardin. Beaucoup trop de pollution lumineuse à l'horizon :-(
Je n'atteignais pas la magnitude 6 sans faire monter le fond de ciel à des niveaux inacceptables.

Mais j'avais prévu plusieurs plans pour voir passer Bepi Colombo. Il me restait la possibilité d'observer en remote depuis des sites bien plus au Sud, notamment avec les télescopes de Slooh aux Canaries et au Chili.
Manque de chance aux Canaries, Bepi Colombo ne s'élevait guère plus haut que 25° dans le ciel, et les télescopes ne pointent pas aussi bas.
Par contre au Chili, c'était royal.


Royal ... enfin presque. Avec la limitation à 25° de hauteur pour le pointage des 2 télescopes de Slooh au Chili, je ne pouvais pas commencer les observations avant 06h30 (heure locale française).
A cause de la présence de la Lune sur la trajectoire de la sonde, je ne pouvais plus observer après 06h35. A partir de 07h00, après que la sonde se soit écartée de la Lune, elle faisait son entrée dans l'ombre de la Terre, rendant impossible son observation.

Donc finalement je n'ai pu l'observer qu'entre 06h30 et 06h35 (heure locale française), mais ça a suffi pour en obtenir 2 images avec 2 télescopes différents.
Ne pouvant maîtriser l'heure précise de démarrage des poses, j'ai fait une mini rafale sur une zone de passage de la sonde avec les télescopes C1 et C2 de Slooh, et attendu qu'elle passe. On repère des étoiles en commun sur les 2 images ci-dessous :

Passage de la sonde Bepi Colombo - (c) Emmanuel Conseil with Slooh C1 telescope

Passage de la sonde Bepi Colombo - (c) Emmanuel Conseil with Slooh C2 telescope
Pour information, l'ESA recueille toutes les images faites lors de ce survol depuis le sol sur un compte Flickr dédié à cette adresse : https://www.flickr.com/groups/bepicolomboearthflyby/pool/


Restera à lui faire coucou les prochains soirs, mais elle sera déjà beaucoup plus loin et beaucoup moins brillante.

8 avril 2020

Cache-cache avec les astéroïdes

Exemple de résultat que l'on peut obtenir
avec l'observation d'une occultation astéroïdale



Il y a tout un tas d'astéroïdes qui se baladent en permanence dans l'espace, et que l'on peut observer au travers de nos télescopes. J'en ai mis quelques-uns sur mon blog ici, mais il pourrait y en avoir tout plein d'autres.
En se baladant dans le ciel, il arrive que des astéroïdes passent pile poil (mais alors piiiiiiile poil) entre nous et une étoile en arrière plan. Dans ce cas-là, on observe ce qu'on appelle une occultation.
Si l'astéroïde est beaucoup moins brillant que l'étoile, on voit carrément l'étoile disparaître pendant une fraction de secondes.

Avec la Lune, ça arrive tout le temps, puisque sa taille apparente dans le ciel est assez conséquente. Mais les astéroïdes ont une taille apparente touuuuuute petite, et les étoiles également, si pas davantage.

Ce 05 Avril, j'en avais épinglé deux sur mon agenda : (1719) Jens et (3259) Brownlee.

(1719) Jens


Cet astéroïde de la ceinture principale occultait une étoile de la constellation du Corbeau un peu après minuit. La bande de totalité de l'occultation est présentée ci-dessous. A cette échelle, on ne voit pas bien les incertitudes de position du passage de l'ombre de (1719) Jens. Mon domicile était dans ce qu'on appelle "la zone à 1 sigma", une zone dans laquelle la probabilité de voir l'éclipse est de 66.67%.


L'étoile visée, nommée HIP 62183, est une petite étoile de magnitude 9 à proximité de l'étoile Bêta Corvi (la grosse qui brille ci-dessous) :


Matériel utilisé :

  • PC sous Windows 10 ;
  • Logiciel Meinberg NTP pour la synchronisation du temps ;
  • Télescope Célestron omni XLT 150/750 ;
  • Caméra ZWO ASI 120MM pour la prise de vue en vidéo, poses de 100ms ;
  • Logiciel SharpCap v3.2 pour la capture des images de la caméra + incrustation du temps sur les images ;
  • Logiciel OccultWatcher v4.6.0.6 pour les prévisions et la synchro avec les autres observateurs ;
  • Logiciel Tangra v3.6 pour le traitement des résultats.
Durée maximale de l'éclipse si je suis en plein centre de la bande d'occultation : 1.3 seconde.

A noter que dans le Journal for Occultation Astronomy sorti hier, les tests sur différents logiciels de synchronisation temporelle des PCs donnent un avantage certain à Meinberg NTP sous Windows 10. Tous les détails sont dans l'article, à partir de la page 10.

Le logiciel Tangra permet, en choisissant l'étoile occultée (cyan), et des étoiles de comparaison (vert, jaune, rose), de parcourir l'ensemble des images de la vidéo pour en extraire une courbe photométrique.


Et la courbe a donné ceci :


Pendant les 4 minutes d'observation centrées sur l'heure prévue d'occultation (22h33m53s UT dans mon cas), la courbe cyan reste plate, au bruit près. A aucun moment l'étoile ne disparaît. Ce qui permet de dire que l'astéroïde n'est pas passé devant l'étoile.
Sur les 16 observateurs européens déclarés pour cette observation, un seul a remonté une observation positive pour l'instant. L'astéroïde a bien été "attrapé", c'est là l'essentiel.
Ne pas oublier que dans ce domaine, ne pas observer d'occultation est une information importante. Cela permet de contraindre la position réelle de l'astéroïde dans le ciel. Ce n'est donc pas une mauvaise nouvelle en soi.

Petite note supplémentaire : pourquoi ai-je observé 2 minutes avant l'heure prévue et 2 minutes après alors que l'erreur donnée sur la date d'occultation était de 4 secondes ?
Sur ce genre d'observation, observer en avance et en retard permet d'attraper des "lunes" d'astéroïdes, ou encore mieux, des anneaux (comme dans le cas de Chariklo ou Hauméa). Si ils existent et que la configuration spatiale le permet, ils seront observés un peu avant ou un peu après le passage de l'astéroïde. C'est donc une précaution qu'il vaut mieux prendre. Ca ne coûte pas grand chose, et ça peut rapporter gros.


(3259) Brownlee

Un peu plus tard dans la nuit, un autre astéroïde allait passer devant une étoile, cette fois-ci un poil moins brillante (magnitude 10), dans la constellation du Petit Chien et près de l'étoile Procyon.
La zone de visibilité de l'occultation était une bande partant des Etats-Unis (mais en pleine journée), traversant le Canada et le Québec (observation possible en début de nuit) et à l'extrême Ouest de l'Europe.
Dans cette configuration, l'étoile visée se trouvait à moins de 10 degrés de hauteur dans le ciel, rendant l'observation délicate à cause de la forte masse d'air.




L'étoile visée, nommée TYC 176-00688-1, est une petite étoile de magnitude 10 à proximité de l'étoile Procyon (la grosse qui brille ci-dessous) :


Matériel utilisé : le même que précédemment, avec des poses de 150ms.
Durée maximale de l'éclipse si je suis en plein centre de la bande d'occultation : 1.9 seconde.

Pour la réduction photométrique dans Tangra, j'ai utilisé comme référence les deux étoiles les plus brillantes de mon champ. Mais mon étoile cible, avec des poses de 150ms ne présentait pas beaucoup de signal. J'aurais dû poser un poil plus, au détriment de l'échantillonnage temporel certes, mais ça aurait été mieux.


Et la courbe a donné ceci :


L'étoile cible est toujours représentée par la courbe cyan, et ne montre pas d'éclipse. Comme dans le cas précédent, c'est une information utile à remonter aux astronomes relais des observations d'occultations en Europe.


18 observateurs se sont déclarés pour l'observation de l'occultation par (1719) Jens entre le Royaume-Uni et l'Adriatique, et 3 observateurs seulement pour l'observation de l'occultation par (3259) Brownlee. Aucun observateur de l'autre côté de l'Atlantique pour cette dernière.


Les résultats finaux correspondant aux observations positives et négatives de tous les observateurs arriveront dans les prochains jours, quand toutes les observations auront été collectées.

Au final, à cette partie de cache-cache, cette fois-ci ce sont les astéroïdes qui ont gagné ;-)