29 avril 2017

Aux Sciences citoyens !


J'avais eu le plaisir de rencontrer une journaliste du Parisien Magazine en Septembre 2016 afin de réaliser une interview concernant les amateurs qui font de la Science. Elle m'avait repéré dans le Hors Série Ciel & Espace d'Octobre 2014.
Après quelques échanges par email, nous nous sommes rencontrés dans le cadre de Géotopia avec un photographe pour réaliser en même temps un portrait pour l'article.
La séance photo avait duré une bonne heure. Puis l'interview s'était terminée chez moi, avec encore une séance photo devant mon matériel perso.
L'article devait sortir début Novembre, mais un changement de programme le décala de quelques mois.
C'est finalement le 21 Avril 2017 que l'article est sorti, en pleine élection présidentielle, et je l'ai vu passer via un tweet de la journaliste : Aurélie Djavadi.
Couverture du numéro du 21 Avril 2017



Il reste finalement assez peu de choses de l'entretien que nous avons eu, mais au moins ce qui est dit est correctement retranscrit. La double page avec le télescope de Géotopia fait plaisir.
L'article est consultable ici : http://www.leparisien.fr/magazine/grand-angle/sciences-ces-benevoles-au-service-des-chercheurs-21-04-2017-6867852.php

Quelques précisions cependant :
- "l'ingénieur en informatique a monté un club d'astronomes amateurs près de Béthune"
J'en suis certes le membre le plus ancien à ce jour, mais pas le fondateur.

- "On peut faire des observations utiles avec un matériel tout simple".
Et c'est vrai. Mais la photo qui illustre la phrase montre un RCOS et une SBIG, sur Paramount, et sous coupole. Ce n'est pas tout à fait ce qu'on appelle "du matériel tout simple" :-)
Mais c'est juste le titre qui peut sembler bizarrement illustré. L'article lui, reprend bien cette phrase dans son contexte.

J'avais cité cette phrase en racontant l'histoire de l'expérience fondatrice de ma démarche de "chercheur citoyen", qui elle s'est effectivement faite avec un matériel très modeste. Il s'agit du passage sur l'éclipse près de Reims, mais il n'est pas très détaillé. Normal pour un tel article.
L'éclipse en question concernait une étoile et un astéroïde. Les reimois(es) non astronomes n'en ont donc probablement jamais entendu parler.
J'ai écrit la version complète de l'histoire (en anglais) ICI.


Autant je m'attendais à la sortie de cet article un jour, autant j'ai été encore plus surpris de découvrir la suite : une chronique sur RTL parlant de ma vie d'astronome amateur dans l'émission "La curiosité est un vilain défaut".

Sidonie Bonnec & Thomas Hugues dans "La curiosité est un vilain défaut" (clic pour écouter)

Julien Solonel, un collègue de la journaliste qui m'a interviewé, est venu présenter l'article sur RTL la veille de la parution. Je ne l'ai pas rencontré, mais il a apparemment bénéficié du carnet de notes d'Aurélie Djavadi :-)

Juste un petit détail quand il dit :
"Pour le programme Supernovae, c'est toujours intéressant d'avoir des milliers de personnes qui, partout dans le monde, regardent ces explosions d'étoiles d'endroits différents".
Dans le cadre de Tarot Supernovae, ou de la recherche de supernovae en général, le terme "millier" est un peu exagéré. Quelques personnes qui regardent le même coin de ciel suffisent. Le jour où nous aurons des milliers de personnes connectées à Tarot Supernovae, ce sera la fête :-)
Par contre, dans de nombreux cas de sciences participatives, des milliers de personnes sont requises pour abattre rapidement un travail colossal, ou pour disposer de beaucoup de données si on veut faire des statistiques.

Petit point sympa : ils m'ont rajeuni. Entre l'interview et la diffusion, j'ai pris un an, mais ça, ils ne pouvaient pas le savoir :-)

Un grand merci à Aurélie Djavadi pour son travail sur cet article. J'espère que ça donnera envie à d'autres personnes de se lancer dans la recherche citoyenne. N'hésitez pas à aller lire les histoires des autres personnes interviewées. Il y en a pour tous les goûts !





17 mars 2017

News en vrac

Pas trop eu le temps de mettre à jour le blog depuis le début de l'année, et même si je suis resté muet, il s'est passé 2-3 trucs ces dernières semaines, non pas à propos de nouvelles découvertes, mais surtout à propos d'anciennes.

La nova qui "récurre"


Lorsque j'ai posté ma découverte de nova dans M31 fin 2016, j'avais noté à la fin du rapport de découverte que cet objet me semblait très proche de la nova M31N 2007-11f, une nova ayant explosé dans M31 en Novembre 2007.
Je m'attendais à ce que cela mette la puce à l'oreille de quelqu'un, mais après l'ATel de confirmation spectrale qui n'en faisait pas mention, il ne se passait plus rien.
J'ai donc décidé d'envoyer un email à K. Hornoch, un spécialiste des recherches de novae extragalactiques pour lui demander s'il avait des images de 2007 permettant de vérifier ce que j'avais en tête...
Il n'en avait pas, mais a cherché à récupérer des infos auprès de ceux qui en avaient fait la découverte en 2007.
Quelques semaines plus tard, tombait dans ma boîte email un message de K. Hornoch et quelques autres astronomes spécialistes des novae, et qui annonçait que oui, ma nova de Décembre était bien la même que celle de 2007, et que par conséquent, il s'agissait ici de la découverte de la 18ème nova récurrente de M31.
Un ATel fut donc posté. Le 10001ème (zut, raté de peu le numéro 10000).
C'est donc finalement une belle découverte, qui pourrait faire l'objet d'un papier spécifique dans les prochains mois.

La supernova qui refait surface


Quand, en Octobre 2012, j'avais mis le doigt (en second) sur ce qui allait devenir la supernova la plus brillante de l'année, j'avais pu suivre pendant quelques mois des discussions de pros qui se lançaient dans des études sur cet objet.
Un papier était sorti sur l'aspect "spectroscopie" : https://arxiv.org/pdf/1302.2926.pdf (première fois que j'étais cité dans une publi scientifique, j'étais tout fou)
Un papier devait sortir sur l'aspect "photométrie". L'un d'eux m'avait même dit en Août 2013 : "It's nearing completion".
Bon ... le "nearing" a pris plus de 3 ans, et c'est avec une certaine surprise que j'ai vu débarquer dans ma boîte email un message disant que l'étude avait repris dernièrement, et que le papier allait vraiment sortir bientôt.
Mark Phillips, directeur du Las Campanas Observatory au Chili m'a dit : "Your images are very valuable since they provide a measurement of the color of the SN within hours of the discovery by TAROT".
Quand on voit la tête de l'image, on imagine mal qu'elle puisse être "very valuable"... et pourtant :-)
C'est le premier shoot filtré RGB de cette supernova, et il donne ainsi une précieuse information pour calibrer le reste des mesures.
Donc tout ça est plutôt cool, car cette image marque pour moi le début d'une super histoire avec les supernovae, et c'est bien qu'en plus, elle soit utile.


Quand l'astronomie dérape dans les médias


C'est le titre du nouvel article que j'ai publié dans "La porte des étoiles", le journal du GAAC, à l'occasion des rencontres astronomiques de Courrières qui ont eu lieu les 10,11 et 12 Mars 2017.

Il y a d'autres articles très intéressants dans ce journal, comme souvent avec "La porte des étoiles". Il ne faut pas hésiter à aller lire les numéros précédents.
On peut par exemple y relire un article que j'avais écrit il y a 4 ans sur la recherche de supernovae : http://astrogaac.fr/fileadmin/fichier_sites/Porte_etoiles/pde22.pdf
Et il y 2 ans sur les chasseurs de supernovae : http://astrogaac.fr/fileadmin/fichier_sites/Porte_etoiles/pde28.pdf

4 janvier 2017

Nova dans M31


Tout comme l'année dernière au moment de Noël, j'ai mis le doigt sur une nouvelle nova, cette fois-ci dans la galaxie d'Andromède : M31.
C'est ma 3ème découverte de nova dans M31 cette année, sur un total de 36 découvertes dans cette galaxie par la tripotée de chasseurs qui la shootent tous les jours.

Mardi 27 Décembre, en début de soirée, j'ai pris un peu de temps pour examiner mes images toutes fraîches de M31, et rapidement un point a attiré mon attention.
Nova M31 2016-12e (c) Emmanuel Conseil
J'avais organisé mon planning pour pouvoir revenir sur n'importe quel champ en cas de détection de quelque chose, et cela m'a permis de rapidement confirmer, avec les télescopes T1 et T2 de Slooh aux îles Canaries, que l'objet était bien réel.
A magnitude 16.9, il ne fallait pas tarder à le déclarer. Un objet de cet éclat ne restera pas caché aux yeux des autres chasseurs bien longtemps.

Le formulaire de soumission de novae extragalactiques du CBAT étant hors service, j'ai posté ma découverte sur le TNS : https://wis-tns.weizmann.ac.il/object/2016jbx

1h30 plus tard, d'autres personnes postaient des données sur cet objet. Il était temps :-)

Le survey MASTER l'a également repérée, mais après moi.

Une équipe chinoise est même parvenue à détecter avec pas mal de précision le moment de l'explosion. L'objet a dépassé la magnitude 20 entre 12h04 TU et 12h22 TU ce 27 Décembre. Il a donc mis 8h pour prendre 3.1 magnitudes, ce qui est plutôt pas mal.

J'ai posté quelques mesures de cette possible nova dans les jours qui ont suivi sur la page du TNS. L'objet a rapidement faibli.

Le spectre, obtenu le 02 Janvier par le Russian BTA telescope (un petit télescope de 6m) et le spectrographe SCORPIO, est rapporté dans l'ATEL n°9942. Il s'agit d'une nova de type He/N.

17 décembre 2016

Supernovae : Quand l'espace compense le temps

Il y a quelques semaines de cela, j'ai vu passer le tweet ci-dessous et il m'a donné cette idée de post car il me semble que la question posée par Gaia Alerts met en avant quelque chose de contre intuitif : 2 supernovae qu'on voit exploser en même temps dans la même galaxie font-elles un magnifique spectacle pour les éventuelles formes de vie présentes dans ce secteur ?



Traduction : "On voit double ! Gaia a vu 2 supernovae exploser dans la même galaxie. A quoi peut bien ressembler le ciel depuis une planète située entre les deux ?"

En fait, <spoiler>pour la majorité des systèmes planétaires de cette galaxie, les 2 explosions ne sont pas vues simultanément</spoiler>.

Image de Rolando Rigustri montrant la supernova SN2016iae
Source : https://www.flickr.com/photos/snimages/30911219070/


Mais revenons un instant sur cette découverte récente de 2 supernovae dans la même galaxie.
Les 2 supernovae se nomment SN2016iae et SN2016ija, et se trouvent dans la galaxie NGC 1532.
C'est une belle spirale vue de trois quarts.
La première a été découverte le 07 Novembre 2016 par le programme ATLAS (qui cherche des astéroïdes à la base), et la seconde a été découverte le 22 Novembre par Leonardo Tartaglia, un chercheur italien dans une université californienne.
Comme on peut le voir sur son image, et particulièrement celle de droite qui est une soustraction faite entre les 2 autres, il y a deux points noirs distincts, signe de la présence de 2 supernovae sur son image (la nouvelle et celle du début du mois).
De par les observations qui en ont été faites, on sait que la seconde supernova n'était pas visible les 18 et 19 Novembre, et à peine visible le 20 Novembre.
Quant à la première, on ne peut situer la date exacte de son apparition qu'entre le 30 Octobre et le 07 Novembre grâce aux mesures postées sur le site de l'Union Astronomique Internationale. Mais on peut calculer sa date d'apparition probable d'après les observations spectroscopiques qui en ont été faites et il s'agirait du 03 Novembre.

Pour chacune de ces deux supernovae, on a pu calculer leur distance à partir de leurs spectres, lesquels indiquent un redshift (décalage vers le rouge) de 0.004 pour la première et 0.0036 pour la seconde. Le redshift de la galaxie hôte (NGC 1532) vaut 0,003468 et correspond à une distance de 47 760 000 d'années-lumières.
Il faudrait davantage de chiffres significatifs derrière la virgule du redshift pour atteindre une précision de l'ordre d'une année-lumière (ce que l'on ne cherche jamais à faire en pratique).

Les deux supernovae appartiennent bien à NGC 1532.


Voyage à la vitesse de la lumière


Comme vous le savez sans doute, la lumière avance à vitesse constante dans l'espace (~300 000 km par seconde). La distance d'un objet est donc directement proportionnelle au temps qu'a mis sa lumière pour nous parvenir.
Et pourvu qu'ils ne rencontrent rien de super massif sur leur routes, 2 photons partis au même moment dans une galaxie lointaine arrivent au même moment chez nous. (un contre-exemple ici)
Entre NGC 1532 et nous, rien de super massif, donc ça va.


→ Supposons que les deux supernovae explosent exactement en même temps.

Si les deux supernovae sont pile poil à la même distance de la Terre (au jour-lumière près, donc une précision de 1 sur 17.4 milliards), alors nous les verrons apparaître en même temps dans le ciel, augmenter en éclat, puis faiblir jusqu'à disparaître, et tout ceci à peu près de concert.

Si l'une des deux est plus éloignée de nous d'une seule année-lumière (1 sur près de 48 millions), alors sa lumière mettra un an de plus pour nous atteindre. Depuis la Terre, nous verrions d'abord la première exploser, augmenter en luminosité, puis faiblir jusqu'à disparaître. Et pile un an après l'explosion de la première, nous verrions la seconde exploser, augmenter en luminosité, puis faiblir jusqu'à disparaître.
Dans le ciel, les deux événements apparaissent bien distincts.

Poussons le même exemple un peu plus loin. La galaxie NGC 1532 a une certaine épaisseur. Je ne pense pas que cette valeur ait été estimée quelque part, mais si elle est comme pour la Voie Lactée, son ordre de grandeur est de quelques milliers d'années-lumières. Disons 3000 années-lumières.
Mettons l'une de ces supernovae à l'avant de la galaxie (vue de la Terre), et la seconde à l'arrière de la galaxie.
On comprend alors que si les deux explosent en même temps, alors sur Terre les 2 supernovae apparaîtront espacées de 3000 années.


A l'inverse, voir 2 supernovae apparaître en même temps dans une même galaxie ne signifie pas forcément qu'elles ont explosé en même temps. Peut-être, et en général ce sera le cas, que la distance séparant les 2 objets compense exactement l'écart temporel de leurs explosions.

Si elles explosent en même temps, pour les voir apparaître en même temps dans le ciel (le nôtre ou celui d'une autre planète dans une autre galaxie), il faut que l'observateur se situe sur le plan médiateur du segment tiré entre les 2 supernovae (en vert ci-dessous). Ce qui est loin d'être le cas de tout le monde. Seuls les observateurs (point M) situés sur le plan P sont à égale distance de A et de B.


Plan méditeur d'un segment (A et B étant nos 2 supernovae)
Source : http://tanopah.jo.free.fr/seconde/ges3alpha.php

Si elles n'explosent pas en même temps, le plan sur lequel il faudra se situer pour les voir exploser en même temps sera décalé vers l'étoile explosant en second, mais il s'agira toujours d'une petite portion d'univers.


Bref, pour répondre à la question initiale "How would the sky look from a planet in between?" ... la réponse est que pour la plupart des "habitants" de cette galaxie (s'il y en a ), ces 2 explosions stellaires n'auront pas été vues en même temps.
Et pour ceux qui se trouvent entre les deux supernovae, la problématique est la même.

3 décembre 2016

Thomas Pesquet dans la Lune

ISS transitant devant la Lune
(c) Emmanuel Conseil

Depuis son décollage le 17 Novembre de la base de Baïkonour, Thomas Pesquet et la Station spatiale Internationale tournent au dessus de nos têtes, à raison d'un tour de Terre toutes les 90 minutes environ, le tout à 27 000 km/h.
Depuis une dizaine de jours, et pour une bonne partie du mois de Décembre, la Station Spatiale Internationale (ISS) est visible depuis la France en début de soirée. Si on excepte la Lune et Vénus, c'est l'objet le plus brillant du ciel pendant son passage. Et on la repère facilement parce qu'elle bouge vite.

Pour la prendre en photo, ce n'est pas très compliqué. Un appareil photo numérique et un trépied suffisent. Il faut cependant que l'appareil autorise les poses longues, idéalement de plusieurs minutes car l'ISS peut mettre une dizaine de minutes à traverser tout le ciel.

Il suffit alors de commencer la pose juste avant l'apparition de l'ISS et de la terminer quand l'ISS n'est plus visible ou sortie du champ de l'appareil. Comme le champ visé ne bouge pas, au bout de quelques secondes, ce sont les étoiles qui se mettent à filer. Et l'ISS trace sa voie sur l'image, comme ici un passage que j'ai capturé le 04/10/2016 sur une pose de 4 minutes.

Des sites comme Heavens Above ou Calsky permettent de connaître les heures de passage de l'ISS pour un lieu donné. Ensuite, il n'y a plus qu'à repérer la zone d'apparition de l'ISS dans le ciel (avec une carte du ciel par exemple) et attendre l'heure fatidique.

ISS le 04/10/2016 (c) Emmanuel Conseil

Ce 03 Décembre 2016, en début de soirée, Calsky m'annonçait un passage de l'ISS devant la Lune pour 19h08. Ca arrive de temps en temps, et c'est une observation plutôt sympathique à faire.
Notre spationaute français Thomas Pesquet étant en ce moment dans l'ISS, c'était l'occasion de le propulser (virtuellement) dans la Lune, lieu que tout astronaute/spationaute/cosmonaute/taïkonaute rêve de fouler.
Et puisque Thomas rêve aux futures missions vers Mars, les choses étant décidément bien faîtes, Mars rodait également dans les parages, offrant avec la Lune, Vénus et l'ISS un splendide quatuor à observer.

Trajectoire de l'ISS le 03/12/2016 vers 19h10
Source : www.calsky.com
Trajectoire de l'ISS devant la Lune à 19h08
Source : www.calsky.com

Après quelques minutes heures de préparation (inspection du matériel, revue des horaires, choix des cadrages, installation de poste, enfilage de doudoune) vient le moment de l'attente... toujours trop longue. Heureusement que Mars, Vénus et la Lune assuraient le spectacle ce soir.
Et puis l'ISS arriva, à l'heure prévue...

Sur cette pose longue, l'ISS semble traverser la Lune, alors que les étoiles filent à cause de la rotation de la Terre. Sur une quarantaine de secondes, c'est quand même bien visible.

Et pendant qu'un APN shootait l'ISS en grand champ, un autre accroché sur le télescope faisait une vidéo du transit.



Alors l'ISS ne passe pas devant la Lune pour tout le monde en même temps. Il faut être sur une bande bien définie, comme pour les éclipses totales de Soleil, mais on peut réaliser cette observation plusieurs fois par an pas très loin de chez soi.

Si vous voulez voir l'inverse ; la Terre en direct vue depuis l'ISS, il y a un flux video disponible sur Internet dédié pour ça : ISS HD Earth Viewing Experiment. Si l'ISS est dans l'ombre de la Terre, on ne voit rien, mais dès qu'elle repasse du côté éclairé de la Terre, le voyage devient magique.

Direct de la Terre vue de l'ISS 
Source : ISS HD Earth Viewing Experiment


6 novembre 2016

(164121) 2003 YT1

J'avais un peu zappé le retour de l'astéroïde 2003 YT1 près de la Terre quand une alerte reçue via Twitter me réveilla.
A magnitude 10.8, et présentant une déclinaison tout à fait intéressante pour ma latitude, je ne pouvais pas manquer un peu de photométrie sur ce Near Earth Asteroid.
L'orbite de cet astéroïde l'amène régulièrement près de la Terre, et cette année, c'est suffisamment près pour qu'il atteigne une magnitude abordable pour n'importe quel télescope amateur. Et à cette magnitude, le mien peut faire de la photométrie et récupérer une courbe de lumière.

Le principe de la courbe de lumière, c'est de "compter" les photons reçus d'un objet par unité de temps, et de tracer une courbe de cette quantité en fonction du temps.
Pour un objet non sphérique en rotation, la quantité de lumière reçue change en permanence car l'objet tourne sur lui-même. En traçant cette courbe, on a accès à sa vitesse de rotation, et en en compilant plusieurs on peut même déterminer sa forme.
C'est ce qui est fait avec toutes les observations amateurs collectées par l'observatoire de Genève, et ces observations mènent généralement à des publications.

L'intérêt d'observer 2003 YT1 cette année, c'est qu'il ne repassera pas aussi près de nous avant 2073. Quitte à vouloir des données précises sur lui, autant le faire cette année car je ne suis pas sûr que mon agenda soit dégagé pour 2073 ;-)

Le 31/10 ? Réunion familiale loin du télescope. Astéroïde raté.
Le 01/11 ? Belle couche nuageuse toute la nuit. Astéroïde raté.
Le 02/11 ? Il devrait faire moche toute la nuit. Gros flux de nuages venant du Nord pour gâcher la soirée... Sauf que ... au coucher du Soleil, le ciel est super dégagé et pas un nuage à l'horizon.
Je me dis alors que si je peux avoir quelques images, c'est maintenant ou jamais.
A cette heure-là, pas possible d'aller à l'observatoire de Géotopia, il va falloir sortir le T150. Beaucoup plus petit, moins adapté pour cet astéroïde qui a déjà faibli depuis son passage au plus près de la Terre, mais il vaut mieux un petit peu de données pas géniales que rien du tout.

Et la trouée miraculeuse a duré un peu plus de 2h.

Comme l'astéroïde bouge très vite dans le ciel (c'est dû à sa proximité), au bout d'une heure environ il a fallu recadrer l'image pour continuer à l'observer.
D'où 2 champs différents présentés ci-dessous :

Premier champ de la soirée
Second champ de la soirée
Au centre de l'image de gauche, à 1/3 du bord haut, on peut repérer 3 étoiles formant un triangle équilatéral, qu'on retrouve sur l'image de droite, tout en bas à droite.
Au total, ce sont 116 images que j'ai pu prendre entre les passages nuageux.

Avec tout cela, j'ai pu construire une courbe de luminosité pour cet astéroïde.
La principale difficulté était qu'il se présentait comme un trait, et non un point comme d'habitude, ce qui m'obligeait à avoir de grands cercles photométriques. Et dans ce cas, les étoiles passant à proximité étaient attrapées dans ces cercles, polluant ainsi la courbe finale.
La photométrie full-automatique n'étant pas possible, il a fallu y aller image par image.
Les 4 points très en dessous de la courbe correspondent à de tels cas où je ne peux pas séparer l'astéroïde d'une étoile trop proche.
Courbe de lumière de 2003 YT1. Crédit : Emmanuel Conseil
La courbe présente donc 2 maxima et 2 minima, et la période de rotation est quasiment complète.
Dans la presse scientifique, j'avais trouvé une indication de période de rotation de 2.34h trouvée à partir de données collectées en 2011.
Ici je peux seulement dire que c'est légèrement supérieur à 2.25h. Il faudra d'autres observations pour préciser les valeurs. Et pas mal d'autres astronomes amateurs ont capturé cet astéroïde. On trouve quelques belles prises ici :




19 octobre 2016

01net magazine

Le numéro de la première quinzaine de Septembre de 01net magazine est sorti il y a plus d'un mois, avec un p'tit article qui fait plaisir dedans :-)


01net, à la base c'est un magazine qui traite du high-tech, de l'informatique. Le rapport avec l'astronomie n'était pas forcément flagrant. L'article est pourtant orienté sur la location de télescopes en ligne, comme je le fais avec Slooh. L'objectif était de montrer que depuis son ordinateur, sans sortir de chez soi, on pouvait piloter des machines à l'autre bout de la planète, et pourquoi pas comme dans mon cas, faire des découvertes.

Je connaissais le journaliste depuis Pint of Science 2016, le festival mêlant Science et Bière que j'avais co-organisé à Lille en Mai dernier.
Nous avions convenu d'un rendez-vous "plus tard" pour un article et ça m'était complètement sorti de la tête quand il m'a rappelé début Juillet.

Ca a duré 2 petites heures il me semble pour l'interview puis il a fallu trouver un créneau avec un photographe pour illustrer l'article.
C'est à l'observatoire de Géotopia qu'a été prise la photo. Il a fallu des dizaines d'essais pour trouver le bon angle. Il faut dire qu'il n'y a pas beaucoup de place sous la coupole, et l'objectif grand angle utilisé donne une fausse impression d'espace. Bien sûr, ce n'est pas CE télescope que je pilote de chez moi, mais le prix de l'aller-retour pour les Canaries était un peu dissuasif :-)

Le texte est fidèle à ce que nous nous étions dit. Un tout p'tit truc à corriger cependant :
Dans la phrase "Ce palmarès fait de lui l'un des 20 chasseurs d'étoiles les plus actifs au monde", il faut comprendre que c'est pour l'année 2016. Si on regarde le palmarès des plus actifs de tous les temps, donc en gros depuis le début du 20ème siècle, il y a quelques pointures qui sont passées avant moi :-)

Merci donc à Olivier Lapirot pour cette expérience sympathique !
Expérience qui fut renouvelée quelques semaines plus tard avec "Le Parisien Magazine - Aujourd'hui en France", dont la parution ne devrait plus trop tarder.