Affichage des articles dont le libellé est buzz astro. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est buzz astro. Afficher tous les articles

17 novembre 2017

Astronomie, sensationnalisme et recopie

NGC 2718 : Une galaxie qui ne vient pas d'être découverte.
Source : Sloan Digital Sky Survey

Etant tombé ce matin sur un article parlant d'astronomie mais avec un contenu un poil sensationnaliste et pourtant vide d'information, j'ai voulu regarder d'un petit peu plus près comment on pouvait tomber si bas. Cet article, le voici. Il est publié sur le site SputnikNews...

Parce que tout le monde n'est pas forcément pointu dans le domaine, voici un décryptage expliquant pourquoi cet article est un grand n'importe quoi.

"Des scientifiques ont découvert une galaxie jumelle de la nôtre à 180 millions d'années-lumière et qui pourrait abriter de la vie extraterrestre. Cette galaxie mystérieuse ressemble tout à fait à notre Voie Lactée, et il se peut que nous ne soyons pas seuls dans l’Univers."

Telle est la promesse : il se peut que nous ne soyons pas seuls dans l'Univers. Bon, en même temps, rien de nouveau sous le Soleil, ça fait un moment qu'il se peut qu'on ne soit pas seuls dans l'Univers.
Ensuite, il faut savoir que des galaxies de la taille de la nôtre et situées à 180 millions d'années-lumière, il y en a un bon paquet. 180 millions d'années-lumière, c'est la porte à côté dans l'Univers dont la partie observable est une sphère de 13.8 milliards d'années-lumière. Il est donc très étrange d'y découvrir une grande galaxie dans un coin de l'Univers bien sondé avec nos télescopes depuis 200 ans.

"La découverte de cette galaxie en spirale, qui a reçu le nom de NGC 2718, attise encore plus l'espoir qu'il existe une vie au-delà de notre système solaire."

Voici donc son nom : NGC 2718. On trouvera assez aisément qu'elle a été découverte au 18ème siècle, comme bon nombre des objets célestes du catalogue NGC.
On en trouvera aussi aisément des images prises à travers divers télescopes amateurs et professionnels depuis ... pfiouu ... un paquet de temps avec une simple recherche Google Images.
Donc NGC 2718 découverte par cette équipe d'astronomes : NON !
Mais alors, attise t-elle encore plus cet espoir d'une vie extraterrestre ? (Spoiler : non)

"Les chercheurs sud-coréens ont minutieusement scanné 20.000 petites galaxies pour en trouver une qui soit semblable à la nôtre."

Outre le fait qu'on ne trouve nulle part dans les sources ce chiffre de 20 000, on verra plus tard que cette phrase cloche car il y est question de petites galaxies, alors qu'on parle pourtant d'une analogue à notre Voie Lactée, qui est loin d'être petite.

"La NGC 2718 ressemble non seulement à la Voie lactée, notre galaxie, mais est accompagnée en outre de deux petites galaxies satellites qui ressemblent beaucoup à celles qui évoluent avec la nôtre: les deux nuages de Magellan."

Rien à redire ici, c'est tout bon :-)


"C'est un assemblement rare."

Pour le coup, les galaxies naines satellites de galaxies plus grosses, ce n'est pas rare du tout. Rien que la Voie Lactée en compte une trentaine, et pas juste les deux nuages de Magellan. Mais aussi d'autres qui sont proches, mais dont on n'est pas sûrs si elles orbitent la Voie Lactée ou sont juste de passage dans le secteur.
La galaxie d'Andromède (ci-contre) en a également 2 bien visibles (M32 et M110) et plein d'autres plus petites.


Source : https://spaceplace.nasa.gov/satellite-galaxies/en/

"Les chercheurs vont désormais étudier la nouvelle galaxie pour découvrir si une vie y existe."

Compte tenu du nombre d'articles qui nous disent chaque semaine qu'on est à 2 doigts de trouver de la vie dans l'Univers, on pourrait se dire qu'après tout, pourquoi pas. S'ils veulent chercher de la vie là-bas, qu'ils se mettent donc au boulot.
Mais cette phrase est en fait complètement irréaliste :
- On est toujours pas équipés pour chercher (et trouver) de la vie dans notre Système Solaire.
- On attend avec impatience l'arrivée prochaine de puissants télescopes dans l'espace (comme le James Webb Space Telescope) pour détecter des traces dans les atmosphères des exoplanètes les plus proches permettant de nourrir l'espoir fou que peut-être elles pourraient éventuellement et sous conditions avec plein de guillemets être d'origine biologique.
- Cette galaxie, quoique proche pour une galaxie, est en fait bien trop éloignée pour qu'on puisse en étudier ses étoiles (et encore plus ses planètes) individuellement.

Et nous verrons plus tard dans ce post que non, les chercheurs ne vont pas étudier NGC 2718 (qui n'est pas nouvelle) pour y découvrir si une vie y existe.

Voilà, c'en est tout pour cet article qui aligne bêtises, non sens, et banalités. Mais comment en est-on arrivés là ?

Loin de moi l'envie de rejeter toute la faute sur l'auteur, ce genre d'article fleurit sur Internet et n'est pas spécifique à ce site. La faute comme bien souvent à la recopie d'articles par des personnes non spécialistes du sujet, et n'ayant pas le temps de creuser l'information.
Ne pas prendre ici le terme "pas spécialiste" dans un sens péjoratif. Nous sommes tous "pas spécialistes" dans plein de domaines et un journal ne peut pas embaucher un spécialiste dans tous les domaines qu'il couvre.
A minima un journaliste qui vérifie les sources, les croise et a quelques contacts par ci par là réussira à faire quelque chose de propre sans avoir besoin d'être "un spécialiste".

Or la source, quelle est-elle ici ? The Sun !

The Sun, dans la rubrique "Science" duquel, sur juste les 2 premières pages visibles aujourd'hui, on trouve :

- La vie extraterrestre pourrait être trouvée dans les 20 prochaines années selon la NASA
- La planète semblable à la Terre Ross128-b pourrait être un lieu confortable pour la vie extraterrestre
- Est-ce que les aliens ressemblent à cela ? Des scientifiques britanniques explorent l'évolution des formes de vie extraterrestres
- Est-ce que les extraterrestres existent vraiment ?
- La vie extraterrestre pourrait être florissante dans l'océan de la lune de Saturne Encelade
- Les extraterrestres pourraient vivre sous des océans glacés

Vous le voyez le côté un peu monomaniaque ?
Pas étonnant donc que l'on retrouve la source de l'article précédemment décortiqué sur The Sun sous l'appellation : Des scientifiques trouvent une galaxie jumelle à la nôtre et elle pourrait héberger la vie

Rien que ça !

Grande découverte s'il en est, puisque chacune des centaines de milliards de galaxies que compte l'Univers observables "pourrait héberger la vie".

A la lecture de l'article du Sun, que je ne vais pas reparcourir en détails ici, on comprend déjà beaucoup plus de choses, car eux a priori ont lu la source primaire de cette étude, qui est ICI.
Par contre, ils l'ont agrémenté de plein de phrases liées à la recherche de vie extraterrestre, ce qui ne transparaît pas du tout dans l'étude réalisée par les astronomes sud coréens. Et ce côté "vie ailleurs" du Sun a été repompé par SputnikNews.

Alors cette grande découverte ?
Elle ne concerne pas NGC 2718 (déception).
Du moins pas directement. Ce qui intéresse ces chercheurs sud coréens, ce sont les galaxies naines, et plus particulièrement celles qui pourraient être en train de fusionner. Çà, c'est leur dada, et le sujet de leurs recherches, présente ou passées.
Ils le disent dans la publi : "As our primary interest is to perform a detailed study of merging system of dwarf galaxies in various environments"

Ils se sont donc farcis à l'oeil les images publiques de catalogues d'images astronomiques à la recherche de galaxies naines (il n'est écrit nulle part qu'ils en ont regardé 20 000) qui pourraient être en train de fusionner.
Il faut rappeler ici que les 2 galaxies naines les plus importantes autour de la Voie Lactée (les nuages de Magellan) sont reliées par un pont de matière (Courant Magellanique) et que c'est précisément ce genre de choses que les astronomes recherchent chez d'autres galaxies naines. La vie extraterrestre n'a pas le moindre rapport avec ces ponts de matière.

Et avec leurs yeux affûtés, ils en ont trouvé des galaxies naines qui vont par paire (celles qui sont soi-disant rares) et dans l'étude qu'ils publient, ils présentent le couple qui ressemble le plus à nos nuages de Magellan.
UGC 4703 et UGC 4703B, à droite, les 2 galaxies étudiées, et NGC 2718 à gauche.
Source : https://arxiv.org/pdf/1710.09040.pdf


"The main aim of this work is to report the similarity between the UGC 4703 interacting pair around NGC 2718 and the LMC-SMC interaction around MW." (Note : MW = Milky Way)

Voilà, pas de recherche de vie dans le "main aim" de leur travail.
Et comme il y a pas mal de littérature sur ces 2 galaxies et d'images dans toutes les longueurs d'ondes disponibles, les gars ont fouillé les moindres recoins des archives pour compiler leur résultat dans cette publication.

Ils ne se sont pas contentés de reprendre les données des autres, ils ont aussi effectué des mesures avec le Giant Metrewave Radio Telescope (GMRT) pour étudier l'émission de la raie d'hydrogène à 21cm de ces galaxies naines. Elles révéleront qu'il y a bien une interaction entre les deux galaxies naines, mais aucune interaction avec NGC 2718.

La conclusion de leur étude précise que du point de vue morphologique et composition, la paire UGC 4703 et NGC 2718 sont similaires à notre Voie Lactée et ses nuages de Magellan.
"In summary, we present UGC 4703 pair- NGC 2718 system as a LMC-SMC-MW analog. Both the systems have a similar physical (geometry, star-formation rate, total gas mass and stellar mass) and morphological properties."
Pour les extraterrestres, il faudra revenir plus tard... ou lire The Sun, il y en a à toutes les pages :-)

-------------------------------------------------------------------------

La dérive que je voulais pointer ici peut se résumer ainsi :
- On a une étude scientifique (ici en astronomie) présentant un résultat certes intéressant pour les protagonistes, mais d'un intérêt quelconque pour le commun des mortels.
- On a un journal influent, dont le but dans la vie est évidemment de vendre du papier (ce qui n'est pas un tort) et qui saupoudre une histoire morne de paillettes pour la rendre plus sexy (ça c'est une pratique déjà plus discutable, surtout quand les paillettes sont trop grosses)
- Un autre journal, sentant la source fiable, recopie le premier en omettant des choses, et en en traduisant mal d'autres.

Au final, le public lit une histoire qui n'a rien à voir avec la découverte qui a été faite. Et ça, c'est dommage ... très dommage.

Et ce n'est pas sans rappeler une réflexion que je m'étais déjà faite dans le journal du GAAC.

16 mars 2016

Une planète géante entrée dans notre système solaire ?


Depuis un peu plus de 15 ans que je traîne sur Internet, des tas de sites s'amusent à faire peur à leurs lecteurs avec des prophéties astronomiques, les répétant tous les 2 ans puisque la précédente ne s'est pas produite.
Parmi les histoires qui reviennent sans cesse, on trouve l'idée qu'une planète géante (ou naine brune, ou naine rouge, bref un truc plus ou moins gros), est rentrée dans le système solaire interne (entre le Soleil et Jupiter) et s'apprête soit à percuter la Terre, soit à perturber son orbite. En tous cas, elle va foutre un joyeux bordel dans le secteur.
Les gourous qui annoncent ce genre de choses rapportent des observations de l'objet en question, sans jamais être foutus d'en donner les 6 paramètres orbitaux, ce qui est pourtant la base sans laquelle on ne peut pas situer un objet dans l'espace, ni déterminer sa trajectoire future. Ce serait tellement simple avec une vraie orbite d'aller vérifier "sur place" dans le ciel si toute cette histoire est vraie ou pas. Non, vous n'aurez jamais d'orbite permettant de calculer sa position dans le ciel pour un jour donné.

Mais alors comment pourrait-on repérer cet objet (grosse planète, naine brune) avant la catastrophe annoncée, si toutefois il y avait une part de vérité là-dedans ?

En fait, ce serait super simple à vérifier, si encore une fois toute cette histoire était vraie.

Sur l'infographie ci-dessous, j'ai reporté la magnitude de la plupart des astres majeurs de notre système solaire. Sur l'échelle de gauche est notée la magnitude, de -5 (très brillant) à 20 (très faible). C'est une échelle logarithmique inversée. Pas usuelle pour tout-un-chacun, mais en gros il faut retenir que plus la magnitude est grande et plus l'objet est faible.
Ce qu'il y a d'intéressant est que pour passer chaque palier, on diminue la luminosité d'un facteur 2,5.
Si bien que 5 magnitudes d'écart représentent un facteur 100 en luminosité.


L'étoile la plus brillante du ciel, Sirius (magnitude -1,5) se fait dépasser dans certains cas par Mercure, Jupiter, Mars et Vénus. L'étoile Véga, prise par définition comme référence de l'échelle des magnitudes, est à 0.

Alors pourquoi est-ce que je passe par ce graphique ?
Tout simplement parce que si une planète (une naine brune, une naine rouge, ...) entre dans le système solaire, elle va nécessairement avoir une certaine magnitude (éclat), combinaison de sa taille, son albédo et sa distance. Et qu'en s'approchant de nous, elle deviendra tour à tour plus brillante que Eris, puis plus brillante que Pluton, visible aux jumelles, puis visible à l'oeil nu, puis plus brillante que Saturne, Mercure, Jupiter, Mars et Venus... Et il arrive un moment où un truc de la taille de Jupiter qui croiserait dans le secteur atteindra forcément l'éclat de la Lune (magnitude -12).
Une planète, même de quelques masses joviennes, va réfléchir la lumière du Soleil, comme n'importe quelle planète, fut-elle naine, et ne pourra pas passer inaperçue dans le ciel. En plus, elle sera mobile.

Jetons un oeil à Eris, plus lointaine planète naine du système solaire à 96 unités astronomiques du soleil actuellement.
Position d'Eris par rapport au reste du système solaire... C'est loin ! (Source : JPL)
Elle fait les 2/3 de la taille de notre Lune, donc pas bien grande.
Sa magnitude est de 18.8, avec quelques menues variations en fonction de sa distance à la Terre. Je l'ai déjà shootée par le passé, c'est pas bien brillant, mais pas tellement exceptionnel pour les chasseurs de comètes et d'astéroïdes (amateurs et professionnels).

A cette distance, plaçons-y une planète de la taille de Jupiter, soit un peu plus de 60 fois son diamètre (3600 fois plus de surface réfléchissante), qui essaierait de rentrer incognito. Et je ne parle même pas d'une naine brune ou d'une naine rouge qui seraient bien plus grosses et plus brillantes.
Donc notre simili-Jupiter, située à 96 unités astronomiques, quelle magnitude fera t-elle ?
En vrai le calcul m'importe assez peu, car notre objet sera de toutes façons bien plus brillant que la magnitude 18.8 vu qu'il réfléchit 3600 plus la lumière solaire. Vraisemblablement entre 11 et 13 en fonction de son albédo.

Ce qu'il y a à retenir de ces chiffres, c'est que les magnitudes 11-12-13 sont hyper faciles à attraper pour les astronomes amateurs, même avec de petits télescopes. Et pour les chasseurs de comètes et d'astéroïdes amateurs qui scrutent le ciel sous toutes ses coutures, c'est de la rigolade.
Un objet qui atteindrait la magnitude 16 ne tiendrait pas 10 jours avant d'être attrapé par les professionnels. Les amateurs mettraient un peu plus de temps (moyens moins importants), mais le choperait tout de même assez vite. Or la magnitude 13, c'est 15 fois plus brillant que ça, et la magnitude 11, c'est 100 fois plus brillant. Ce qui en fait donc un objet hyper fastoche à repérer.

Alors on a combien de temps devant nous pour attraper un objet de la taille de Jupiter entrant dans le système solaire et se situant déjà au niveau d'Eris, à 96 unités astronomiques ?

Pour trouver cela, prenons l'exemple d'un objet dont la période de révolution autour du Soleil est de 3600 ans (durée qui rappellera des choses à ceux qui se baladent sur Internet) et qui traînerait ses guêtres de temps en temps dans le système solaire interne. Quel temps lui faut-il pour atteindre notre voisinage ?
A défaut d'avoir de vrais éléments orbitaux (souvenez-vous, "ils" ne les donnent jamais), on va se contenter d'une comète dont l'orbite est fortement excentrique, ce qui l'amènera le plus loin possible du Soleil à son aphélie.
La comète C/2004 F4 (Bradfield) possède des éléments orbitaux semblables à ce possible objet et on peut simuler son orbite sur le site du JPL (Internet Explorer only).

Orbite de la comète C/2004 (Bradfield), dont la période est de 3600 ans. Source : JPL

On trouve assez facilement qu'il faut à cette comète environ 76 ans (!!) pour parcourir les 96 unités astronomiques les plus proches du Soleil.
Mettons donc une planète de la taille de Jupiter sur l'orbite de la comète C/2004 F4 (Bradfield) et elle suivra le même chemin à la même vitesse (la masse de l'objet ne joue pas dans ce calcul *).
Elle sera visible par à peu près tous les astronomes amateurs pendant au moins 76 ans avant d'arriver dans notre voisinage, le tout en voyant sa magnitude augmenter sans cesse au cours de ces 76 ans.

Tout simplement impossible de se faire surprendre !
Et là encore, il ne s'agit que d'un objet de la taille de Jupiter. Une naine brune serait beaucoup plus brillante à tous les stades de son trajet.
On peut retourner le problème dans tous les sens, en faisant par exemple varier l'excentricité de l'orbite, on ne réussira qu'à rendre l'objet plus facile à détecter, ou plus lent à l'approche.

Conclusion de tout cela ?
Le jour où une grosse planète (ou une naine brune) entrera dans le système solaire pour y faire un bout de chemin, vous serez avertis par les astronomes professionnels (si si) et par les amateurs au moins une centaine d'années à l'avance. Et elle sera observable (et observée) pendant tout ce temps.
L'absence d'un tel objet observé en approche depuis 100 ans démontre que cet objet ne peut pas être déjà là, chez nous, tout près. Jusqu'à preuve du contraire, les astres suivent encore les lois de la physique et ne se téléportent pas brusquement à côté de la Terre. Nous sommes donc tranquilles pour encore un paquet d'années.

Ah, et sinon, pour terminer, le sondage du ciel en long, en large et en travers par le satellite WISE a déterminé qu'il n'y avait aucun objet de la taille de Jupiter à moins de 20 000 unités astronomiques du Soleil. Pas 96 comme dans mon exemple ... mais 20 000 ! Nous avons en fait plusieurs millénaires de tranquillité devant nous.


(*) En fait elle joue un rôle négligeable sur la période de la révolution de l'objet. Dans la 3ème loi de Kepler, la masse qui intervient est celle de l'étoile plus celle de l'objet, et la seconde est négligeable vis à vis de la première.

3 janvier 2016

Ma nova sur le web

Quand je fais des découvertes avec des acteurs francophones, il y a bien quelques articles qui peuvent traîner de ci de là sur Internet, mais ces découvertes restent à leur place. C'est-à-dire des découvertes standards comme en font tous les jours ceux dont c'est la passion ou le métier.
Mais le site qui loue le télescope que j'ai utilisé, lui, le voit différemment. C'est une occasion de faire parler de lui, et de montrer que ses télescopes sont de première qualité. Ce qui est vrai, soit dit en passant.

Alors quand des anglophones prennent en charge l'une de mes découvertes, c'est impressionnant de voir à quel point elles prennent des proportions invraisemblables. C'était déjà le cas pour ma première supernova. Ça l'est presque plus depuis quelques jours avec ma dernière découverte.

Ma nova dans M33 vient de s'étaler au monde dans d'innombrables articles (ou recopies d'articles) avec, pour ceux qui ont recopié l'article du Business Insider, le terme "intriguing" qui lui est accolé.
Euh ... cette nova serait donc intrigante ? Bien sûr que non ! Mais il faut croire que c'est plus vendeur.
Et la trouver sur le Business Insider... ça me laisse coi.

Source : http://uk.businessinsider.com/christmas-day-new-star-discovered-2015-12


En fait, ce qui semble remuer tout le monde, c'est qu'elle soit apparue le jour de Noël. Pour le coup, c'est vrai. Et je me prénomme Emmanuel, prénom par lequel le messie est annoncé dans l'Ancien Testament, alors certains y voient des signes.
Un parallèle hasardeux avec l'étoile de Bethléem est rapidement fait ("Although no three kings were present"). Et voilà que les rois mages s'immiscent en tête de l'article pour transformer cette découverte en joli conte de Noël. Un peu too much.
Pour le reste, ces articles sont plutôt bien fichus et renseignent sur ce qu'est une nova. Y'a pas de mal quand il s'agit d'apprendre des choses.
Mais si vous cherchez cette étoile dans le ciel, il vous faudra bien plus que des yeux de rois mages. Pas du tout visible à l'oeil nu, elle est 15 fois moins brillante que la planète Pluton, laquelle est 4000 fois trop faible pour vos yeux.

Vu qu'on a découvert en 2015 plus de 3000 (super)novae, quoi de plus commun que d'en trouver le 25 Décembre ? Après tout, l'Univers se moque pas mal de notre calendrier grégorien.
Et des nouvelles étoiles apparues le 25/12, il y en a eu 2 autres, dont une supernova découverte par Stu Parker, également astronome amateur.

Les phrases qui me sont associées dans l'article ne proviennent pas d'une interview, mais d'un post de blog que j'ai écrit sur le site de Slooh, réservé aux membres, et dans lequel je décrivais ma découverte. Et le mot "intriguing" est une pure invention de Business Insider.

Alors faut-il enrober une découverte d'un tas de fioritures pour rendre la Science accessible au plus grand nombre ? Des fois je me pose la question...
A part le "intriguing" qui n'a rien à faire dans ces articles, il faut dire que le reste fait plutôt plaisir. Je reçois des félicitations d'un peu partout, de gens qui me disent que je suis un exemple pour la jeunesse (Oulà !), ou qu'ils voudraient bien s'essayer aussi à la recherche de supernovae.

Un show dédié à cette nova a eu lieu la semaine dernière, visible ici : http://live.slooh.com/stadium/live/new-star-arrives-on-christmas
Je n'ai pas pu m'y joindre car prévenu le jour-même et pas libre, mais il y en aura un autre Mardi 05 Janvier à 20h30 TU (donc 21h30 en France) où je serai présent.


Alors voilà, y'en a partout sur le web maintenant. Ça fait plaisir c'est sûr, mais c'est quand même beaucoup pour pas grand chose.
En vrac, voici quelques sites qui reprennent l'info :


20 octobre 2015

Et revoilà la NASA


Pff, encore un gros n'importe quoi publié sur 20minutes dans la rubrique astronomie qui me pousse à renouveler un coup de gueule habituel. Il est tiré de l'article suivant :
http://www.20minutes.fr/sciences/1713391-20151020-asteroide-va-froler-terre-31-octobre

Comme il disparaîtra un jour dans le fin fond des archives du journal, j'y joins une capture d'écran :


Je prends 20minutes en exemple, mais ça aurait pû être DirectMatin ou BFMTV,

Oh rien de grave en soit. Le néophyte qui lit l'article attrapera l'essentiel de l'info. Pour autant, la rigueur n'est pas ce qui caractérise l'article.

L'objet de mon désespoir, ce n'est pas un penchant pour le sensationnalisme qui est ici assez modéré. Ceci dit, dès qu'un astéroïde passe dans le secteur terrestre, le mot "Armageddon" n'est jamais bien loin ... Eh tristesse !

Non, ce qui me gêne encore ici, c'est l'omniprésence de la NASA dans le texte et l'impression encore donnée que la NASA fait la pluie et le beau temps sur Terre quand il s'agit d'astronomie. Alors que ce n'est pas le cas.

Petite relecture du texte :

"Selon les prévisions de la NASA..."
Ben non, ce ne sont pas les prévisions de la NASA. La NASA ne fait aucune prévision quant à la position des astéroïdes dans l'espace. C'est pas son job !
C'est le Minor Planet Center qui s'en charge. Et il ne dépend pas de la NASA, il dépend de l'Union Astronomique Internationale (UAI), qui elle ne dépend de personne.

"L'astéroïde TB145..."
Bon là je chipote, mais son nom c'est "2015 TB145". 20minutes n'est même pas fichu(e) de recopier le nom présent dans l'article pointé par le lien. A noter que dans ce lien, ils disent que cet astéroïde est celui qui est passé le plus près de nous depuis 2006 et qu'on en aura pas d'autre avant 2027.
Autre erreur de lecture des données d'origine car ce n'est valable que pour les astéroïdes "de cette taille". Il y a plusieurs fois par an des astéroïdes qui passent plus près que ça de nous. C'est une autre erreur vue à de nombreuses reprises sur la toile.

"...chatouillera la Terre..." 
Chatouiller à 500 000 kilomètres de distance, donc sans contact, c'est pas mal ;-)

"Le prochain passage d'un astéroïde à une si courte distance n'est prévu que pour 2027".
Comme expliqué plus haut, il suffit d'aller sur la source de la source de 20minutes (qui est une instance astronomique, et pas un journal) pour voir que cette phrase ne concerne que les astéroïdes "de cette taille" :
"This is the closest approach by a known object this large until 1999 AN10 approaches within 1 lunar distance in August 2027. The last approach closer than this by an object with H < 20 was by 2004 XP14 in July 2006 at
1.1 lunar distances."

Le "with H<20" signifie aussi grosso modo "de cette taille". Pas évident pour un journaliste, même scientifique, je l'accorde.
Sans aller chercher très loin, le 13 Octobre dernier, l'astéroïde 2015 TC25 est passé 42 fois plus près de nous que 2015 TB145. Mais il était beaucoup plus petit. Et dans l'indifférence générale.

"La NASA ne s'est pas risquée à donner sa trajectoire précise".
A mettre en écho à une phrase précédente : "Les passionnés munis d'un télescope pourront tout de même l'observer". Ah bon ? Mais alors ces passionnés auraient donc accès à la trajectoire que la NASA n'ose pas donner ?
Bah oui !
Ce genre de phrase ne sert à rien, et jette une espèce de doute quant aux intentions de la NASA.
La NASA n'est pas responsable du calcul des trajectoires des corps mineurs du système solaire. Mais le Minor Planet Center lui, oui. C'est son job ! Donc il l'a fait.
Et il n'y a aucun risque à aller chercher cette trajectoire, elle est publique !!!
Allez, c'est cadeau, voici ses coordonnées pour le jour de l'approche maximale depuis les Canaries (de là où j'observe, mais on peut le faire pour n'importe où sur Terre). Et si la NASA devait donner ce genre d'info, elle ferait comme tout le monde, elle irait ici :  http://www.minorplanetcenter.org/iau/MPEph/MPEph.html



Un grand merci cependant à 20minutes pour avoir mis en illustration une belle image de notre chère Terre, et pas une classique image d'impact d'astéroïde qui aurait été inopportune... puisqu'il n'y aura pas d'impact.


Quelques liens utiles :


http://www2.jpl.nasa.gov/calendar/
Un calendrier astro de la NASA (mais ce n'est pas elle qui fait les calculs et les prévisions) qui liste les astéroïdes qui passent tout près de nous.
Ouvrir la page et rechercher "Near-Earth Flyby". En faisant ça aujourd'hui (20/10/2015), on trouve 200 résultats d'astéroïdes qui passent "pas loin de nous".
Si on fait une recherche sur la page de la chaîne de caractères "0.000", on va tomber sur ceux qui passent vraiment très près (moins de la moitié de la distance Terre-Lune). On en trouve 2 pour la période Septembre/Octobre 2015.
D'autres viendront assurément remplir le calendrier des mois suivants à mesure qu'ils seront découverts.

http://www.spaceweather.com/
Ce site présente plein de choses, mais il y a une rubrique "Recent & Upcoming Earth-asteroid encounters" qui dresse un tableau des passages rapprochés d'astéroïdes, et qui met une couleur qui va du blanc au rouge en fonction de critères liés à la distance d'approche et à la taille de l'astéroïde.

http://www.minorplanetcenter.net/iau/lists/CloseApp.html
La liste des passages rapprochés d'astéroïdes pour les 33 prochaines années, tirée de la base de données du Minor Planet Center. La liste s'enrichira au fil des ans de tous les petits cailloux qu'on ne peut voir que quand ils passent extrêmement près de nous. C'est pour ça qu'on en trouve plus en 2015 (on vient de les observer pour la première fois) que les autres années.

2 juin 2014

Des lycéens découvrent des étoiles ?

Vendredi dernier, lors de notre soirée astro publique mensuelle, une personne me dit : "Vous avez vu sur TF1, les lycéens qui ont découvert 2 étoiles dans notre galaxie ?"

Alors non, effectivement, rien vu dans ce sens-là et surtout très étonné que des lycéens découvrent des étoiles, la découverte d'étoile n'étant pas à proprement parler une activité.
"Et en plus", me dit cette personne : " les étoiles portent les initiales du lycée".

Tututut... c'est quoi ce truc ? Donner les initiales des découvreurs à de nouvelles étoiles est tout à fait curieux.
Je profite donc d'un moment de solitude dans la soirée pour aller voir sur Internet de quoi il retourne :




Effectivement, la personne qui m'en avait parlé avait parfaitement résumé le reportage de TF1 : 5 lycéens ont découvert 2 étoiles dans la galaxie avec du matériel amateur.

C'est une très belle histoire, et loin de moi l'intention de rabaisser la performance de ces apprentis astronomes, mais il me semble que ce qui est raconté n'est pas tout à fait correct à de nombreux égards.
Quitte à féliciter ces jeunes (et je le répète, ils le méritent), ça serait bien de vraiment dire pourquoi ils devraient être félicités.


On comprend déjà mieux ce qui leur est arrivé en lisant un article de Ouest-France, manifestement mieux renseigné que TF1 : http://jactiv.ouest-france.fr/ils-sactivent/initiatives/ces-lyceens-ont-decouvert-deux-nouvelles-etoiles-31071

Ces jeunes ont fait un stage à l'OHP avec un télescope de 85cmle C8 présenté dans la vidéo (EDIT suite au commentaire de Mr esseiva), et ils ont fait des courbes de lumière d'astéroïdes. Ils n'étaient pas seuls, ils étaient suivis par un astronome professionnel avec lequel j'ai déjà collaboré plusieurs fois : Raoul Behrend de l'observatoire de Genève.
Les 22 & 23 Février, ils ont joué avec les astéroïdes 2001 UU168, (345) Tercidina et (6144) Kondojiro (images issues du site de l'observatoire de Genève, section CdR&CdL tenue par Raoul Behrend) :


Et quand on fait des time-series sur des astéroïdes, il n'est pas rare que dans le champ de vision de la caméra, on trouve également des étoiles variables. Sur plusieurs heures, les plus rapides montrent une variation d'éclat.

Ce que les photométristes font dans ce cas, et que Raoul encourage également, c'est de chercher des étoiles variables dans ces champs. Un logiciel comme Muniwin fait correctement le boulot.
Je l'ai réalisé par moi-même en 2012 sur un suivi d'astéroïde similaire pour Raoul : http://www.webastro.net/forum/showthread.php?t=90379

Et quand on trouve une étoile variable, et que celle-ci n'est pas cataloguée (comme variable), Raoul la rajoute dans sa looooongue liste de découvertes (celles de Christophe Demeautis, celles de Laurent Bernasconi, celles de Pierre Antonini, et plein plein d'autres), en donnant à cette étoile les initiales du découvreur.
Ici il y avait 5 découvreurs, trop compliqué pour les initiales, c'est le lycée qui a été choisi.
Les étoiles s'appellent donc LXMP1 et LXMP2.
Ce nom provisoire n'est valable que dans les bases de données de l'observatoire de Genève et n'a rien de particulièrement officiel.

Et comment voit-on que ce sont des étoiles variables qui ont été trouvées ?
Raoul les a annoncées sur son site : http://obswww.unige.ch/~behrend/pageecou.html#v01151
Ce sont deux pulsantes similaires à l'étoile RR Lyrae.

Donc ce qu'ils ont trouvé, ce ne sont pas des étoiles, mais des étoiles variables. Ce n'est pas tout à fait la même chose. Je dirais même que c'est encore mieux :-)

Et comment sait-on que ces étoiles n'étaient pas inconnues ? Et bien en cherchant sur l'outil Aladin du Centre de Données de Strasbourg (base officielle d'étoiles), on retrouve ces étoiles dans divers catalogues anciens.

Pour résumer :

selon TF1
ce qui s'est vraisemblablement passé
5 lycéens5 lycéens suivis par un astronome
ont découvert 2 nouvelles étoiles dans notre galaxieont découvert 2 étoiles variables, par ailleurs bien connues, mais pas pour leur variabilité
et les astronomes ont nommé les étoiles avec les initiales du lycéeet Raoul a provisoirement nommé ces étoiles avec les initiales du lycée

On peut voir sur le site de Raoul que les lycéens ont recommencé du suivi d'astéroïdes en Mai. Voilà des p'tits gars sur le bon chemin :-)


9 avril 2014

Un caillou dans le parachute


Vous vous souvenez peut-être qu'il y a quelques jours, une vidéo présentant un parachute frôlé par une météorite avait fait le tour des médias.
La chose semblait crédible à première vue, et les auteurs au delà de tout soupçon de trucage.
Il n'en restait pas moins que l'information "frôlé par une météorite" n'avait absolument rien de scientifiquement valide au moment où c'est sorti dans les journaux. Ciel & Espace titrait même sur ce sujet : http://www.cieletespace.fr/node/11660 car elle était vraisemblable.

Un nombre incalculable de sites et de forums se sont lancés dans l'analyse de la vidéo. 
Très rapidement, une solution bien terrestre à ce problème a fait surface, sans pour autant être relayée dans les médias : Un caillou embarqué dans le parachute enroulé, et qui se libère à l'ouverture du-dît parachute.

Hier les auteurs de la vidéo ont fini par admettre que cette solution était beaucoup plus probable que la chute d'une météorite.

Je les cite :

"Are we disappointed? The ultimate prize would be a meteorite, but frankly, we had been faced with a mystery for nearly two years, we went public, and thanks to an incredible crowdsourcing effort the mystery was solved beyond reasonable doubt in just a few days. That’s amazing."

Et en français dans le texte : 

"Sommes-nous déçus ? Le gros lot aurait été une météorite, mais franchement, nous avons fait face à un mystère pendant presque 2 ans, nous avons rendu notre problème public, et grâce à un incroyable effort commun et mondial le mystère a été résolu sans aucun doute possible. C'est fantastique."

Le texte complet en anglais ici : http://norskmeteornettverk.no/wordpress/?p=1497
ou bien encore chez Phil Plait : http://www.slate.com/blogs/bad_astronomy/2014/04/08/skydiving_meteorite_it_was_a_rock.html




20 février 2014

Quand le web s'emballe : 2000 EM26

Aucun astéroïde là où aurait pu se trouver 2000 EM26
Crédit image : Slooh et le Dubai Astronomy Group


Il y en a eu pour tous les goûts ces derniers jours et les news sur Internet ont été pas mal remplies par le passage d'un astéroïde "potentiellement dangereux" à proximité de la Terre. A grand renforts de titres sensationnalistes, certains medias se sont pris à rêver d'un grand événement : Le passage près de la Terre de l'astéroïde 2000 EM26 !
Mais qu'en attendaient les astronomes ?
En fait ... quasiment rien.


En vrac, 2 exemples francophones, mais la presse anglophone en a également fait ses choux gras :

L'astéroïde 2000 EM26 a "frôlé" notre planète (Maxisciences)
Un énorme astéroïde va passer proche de la Terre Lundi (TVQC)

Sauf que ... sauf que (vous me voyez venir avec mes sabots, taille 72)

A vrai dire, la communauté astro amateur a été plutôt surprise qu'on s'intéresse à ce caillou. Je n'ai pas noté que les pros s'en soit émoustillés de leur côté non plus.
Alors pourquoi parle t-on autant de 2000 EM26 ?

Tout simplement parce que Slooh (le service de télescopes robotisés aux Canaries que j'utilise) a décidé, et c'est une très bonne idée de leur part, de s'engager davantage dans le répérage et le suivi d'astéroïdes potentiellement dangereux. Jusque là, c'est tout bon ! Et comme ils ont les bons contacts, la publicité autour de cet événement à très bien circulé.
Un an après le passage du météore de Tcheliabinsk, quoi que mieux que de sensibiliser les gens à la surveillance du ciel ? Je vous le demande ! Rien de mieux :-)

On parle d'astéroïdes potentiellement dangereux (PHA in English) parce que leur orbite les amène à passer régulièrement près de l'orbite terrestre. A ce jour, aucun n'a prévu de croiser notre orbite le jour où, pas de bol, nous nous trouvons au même endroit. 2000 EM26 fait donc partie de cette catégorie, mais aucun danger n'était prévu pour CE passage.

Ils ont donc jeté leur dévolu sur un grand classique de la recherche d'astéroïdes : L'astéroïde potentiellement dangereux découvert, peu suivi, puis perdu. Là encore, c'est une bonne idée.

Découvrir un astéroïde ne règle pas grand chose sur le plan de sa dangerosité. Il faut l'observer à de nombreuses reprises afin d'affiner le calcul de sa trajectoire. Pour chaque caillou repéré, une trajectoire provisoire est calculée, valable seulement quelques heures, et les astronomes du monde entier sont invités à rechercher le-dît caillou pour prendre une nouvelle mesure et ainsi participer à l'amélioration du calcul de sa trajectoire.
Sur le site du Minor Planet Center, on peut trouver la liste des objets à surveiller ici : http://www.minorplanetcenter.net/iau/NEO/ToConfirm.html

Le problème avec 2000 EM26, c'est ce qu'en dit le Minor Planet Center : "Perturbed ephemeris below is based on 9-day-arc elements from MPEC 2014-D09. Last observed on 2000 Mar. 14."

Traduction française libre : "On n'a que 9 jours d'observations sur cet astéroïde, la dernière fois c'était le 14 Mars 2000, donc l'éphéméride proposé est tout pourri".

Et le Minor Planet Center de conclure : "NEO : Leave for survey recovery."
Ce qui veut dire à peu près : "Laissez tomber, on attend que les satellites qui font de la recherche automatique le retrouvent".

Par conséquent, les chances de retrouver 2000 EM26 à l'endroit indiqué par les éphémérides étaient proches de 0.

Avec seulement 9 jours d'observations en l'an 2000, on n'a pas été foutus de le retrouver quand il est repassé en 2002. Et du coup, le temps s'écoulant, il s'est de plus en plus éloigné de l'éphéméride initial et on l'a loupé aussi en 2003, 2006, 2009, 2011 et 2012.
Puisqu'il ne suivait déjà plus la trajectoire calculée en 2000 depuis environ 13 ans, on se demande bien pourquoi on l'y retrouverait en 2014 ;-)

Et bien bingo, chez Slooh ils n'ont rien vu.
En fait, les télescopes n'ont pas fonctionné à cause de la météo. Ils étaient en duplex avec une équipe ailleurs sur la planète qui palliait leur manque de télescope.
La vidéo de leur soirée est très intéressante et disponible ici : http://events.slooh.com/stadium/potentially-hazardous-asteroid-zips-earth-canary-islands-february-17-2014


Le lendemain dans les médias, ça donnait des choses du genre : "L'astéroïde qui menaçait la Terre a disparu !"
Non ? Sans blague ?
En fait, ça faisait déjà 13 ans qu'il avait disparu ;-)

Pour finir, des astéroïdes plus gros que 2000 EM26 et qui passent plus près de la Terre, il y en a toute une palanquée qu'on a bien à l'oeil. Pourquoi les gars de Slooh ont-ils jeté leur dévolu sur celui-ci ? Comme expliqué plus haut, 2000 EM26 est l'exemple type de la perte bête d'un astéroïde potentiellement dangereux. Quand on en chope un, on devrait pouvoir le suivre mieux que ça pour pouvoir le retrouver facilement lors de son prochain passage.