10 avril 2020

Bepi Colombo - Earth flyby - Mes images


Passage de Bepi Colombo à 12700km de la Terre (c) Heavens Above

Ce Vendredi 10 Avril 2020 vers 04h30 UTC (06h30 heure locale française), la sonde Bepi Colombo (ESA & JAXA) est revenue du côté de la Terre pour profiter d'un effet de fronde gravitationnelle afin de pouvoir atteindre Mercure dans quelques années. Ce passage était assez proche (~12700km) et était observable dans de bonnes conditions depuis une bonne partie de l'hémisphère Sud.

Mais comme je suis joueur, et que j'ai vu que depuis le Nord de la France la sonde passait quand même à 3° au dessus de l'horizon, je me suis dit qu'après tout l'adage "Qui ne tente rien n'a rien" s'appliquait parfaitement à la situation. Après tout, j'avais gardé un bon souvenir du survol de la sonde Juno, en 2013, et j'aime bien collectionner les bons souvenirs.

Position de Bepi Colombo dans le ciel
entre 05h50 et 06h00 depuis mon domicile
Pour être honnête, 3° c'est super bas pour une observation astronomique. Je n'avais jamais tenté cela.
Mais mon observation réussie Lundi dernier d'une étoile de magnitude 10 avec des poses de seulement 150ms à une hauteur de 10° me laissait entrevoir qu'avec des poses plus longues, quelque chose pouvait se tenter à 3° de hauteur.
Différence majeure entre les 2 observations : la pollution lumineuse dans la direction Sud-Est.

Trajectoire de Bepi Colombo entre les cables électriques et la cabane de jardin

Effectivement, après quelques tests entre 05h00 et 05h30 avec l'APN ou la ZWO ASI 120MM, je devais me résoudre à abandonner l'observation depuis mon jardin. Beaucoup trop de pollution lumineuse à l'horizon :-(
Je n'atteignais pas la magnitude 6 sans faire monter le fond de ciel à des niveaux inacceptables.

Mais j'avais prévu plusieurs plans pour voir passer Bepi Colombo. Il me restait la possibilité d'observer en remote depuis des sites bien plus au Sud, notamment avec les télescopes de Slooh aux Canaries et au Chili.
Manque de chance aux Canaries, Bepi Colombo ne s'élevait guère plus haut que 25° dans le ciel, et les télescopes ne pointent pas aussi bas.
Par contre au Chili, c'était royal.


Royal ... enfin presque. Avec la limitation à 25° de hauteur pour le pointage des 2 télescopes de Slooh au Chili, je ne pouvais pas commencer les observations avant 06h30 (heure locale française).
A cause de la présence de la Lune sur la trajectoire de la sonde, je ne pouvais plus observer après 06h35. A partir de 07h00, après que la sonde se soit écartée de la Lune, elle faisait son entrée dans l'ombre de la Terre, rendant impossible son observation.

Donc finalement je n'ai pu l'observer qu'entre 06h30 et 06h35 (heure locale française), mais ça a suffi pour en obtenir 2 images avec 2 télescopes différents.
Ne pouvant maîtriser l'heure précise de démarrage des poses, j'ai fait une mini rafale sur une zone de passage de la sonde avec les télescopes C1 et C2 de Slooh, et attendu qu'elle passe. On repère des étoiles en commun sur les 2 images ci-dessous :

Passage de la sonde Bepi Colombo - (c) Emmanuel Conseil with Slooh C1 telescope

Passage de la sonde Bepi Colombo - (c) Emmanuel Conseil with Slooh C2 telescope
Pour information, l'ESA recueille toutes les images faites lors de ce survol depuis le sol sur un compte Flickr dédié à cette adresse : https://www.flickr.com/groups/bepicolomboearthflyby/pool/


Restera à lui faire coucou les prochains soirs, mais elle sera déjà beaucoup plus loin et beaucoup moins brillante.

8 avril 2020

Cache-cache avec les astéroïdes

Exemple de résultat que l'on peut obtenir
avec l'observation d'une occultation astéroïdale



Il y a tout un tas d'astéroïdes qui se baladent en permanence dans l'espace, et que l'on peut observer au travers de nos télescopes. J'en ai mis quelques-uns sur mon blog ici, mais il pourrait y en avoir tout plein d'autres.
En se baladant dans le ciel, il arrive que des astéroïdes passent pile poil (mais alors piiiiiiile poil) entre nous et une étoile en arrière plan. Dans ce cas-là, on observe ce qu'on appelle une occultation.
Si l'astéroïde est beaucoup moins brillant que l'étoile, on voit carrément l'étoile disparaître pendant une fraction de secondes.

Avec la Lune, ça arrive tout le temps, puisque sa taille apparente dans le ciel est assez conséquente. Mais les astéroïdes ont une taille apparente touuuuuute petite, et les étoiles également, si pas davantage.

Ce 05 Avril, j'en avais épinglé deux sur mon agenda : (1719) Jens et (3259) Brownlee.

(1719) Jens


Cet astéroïde de la ceinture principale occultait une étoile de la constellation du Corbeau un peu après minuit. La bande de totalité de l'occultation est présentée ci-dessous. A cette échelle, on ne voit pas bien les incertitudes de position du passage de l'ombre de (1719) Jens. Mon domicile était dans ce qu'on appelle "la zone à 1 sigma", une zone dans laquelle la probabilité de voir l'éclipse est de 66.67%.


L'étoile visée, nommée HIP 62183, est une petite étoile de magnitude 9 à proximité de l'étoile Bêta Corvi (la grosse qui brille ci-dessous) :


Matériel utilisé :

  • PC sous Windows 10 ;
  • Logiciel Meinberg NTP pour la synchronisation du temps ;
  • Télescope Célestron omni XLT 150/750 ;
  • Caméra ZWO ASI 120MM pour la prise de vue en vidéo, poses de 100ms ;
  • Logiciel SharpCap v3.2 pour la capture des images de la caméra + incrustation du temps sur les images ;
  • Logiciel OccultWatcher v4.6.0.6 pour les prévisions et la synchro avec les autres observateurs ;
  • Logiciel Tangra v3.6 pour le traitement des résultats.
Durée maximale de l'éclipse si je suis en plein centre de la bande d'occultation : 1.3 seconde.

A noter que dans le Journal for Occultation Astronomy sorti hier, les tests sur différents logiciels de synchronisation temporelle des PCs donnent un avantage certain à Meinberg NTP sous Windows 10. Tous les détails sont dans l'article, à partir de la page 10.

Le logiciel Tangra permet, en choisissant l'étoile occultée (cyan), et des étoiles de comparaison (vert, jaune, rose), de parcourir l'ensemble des images de la vidéo pour en extraire une courbe photométrique.


Et la courbe a donné ceci :


Pendant les 4 minutes d'observation centrées sur l'heure prévue d'occultation (22h33m53s UT dans mon cas), la courbe cyan reste plate, au bruit près. A aucun moment l'étoile ne disparaît. Ce qui permet de dire que l'astéroïde n'est pas passé devant l'étoile.
Sur les 16 observateurs européens déclarés pour cette observation, un seul a remonté une observation positive pour l'instant. L'astéroïde a bien été "attrapé", c'est là l'essentiel.
Ne pas oublier que dans ce domaine, ne pas observer d'occultation est une information importante. Cela permet de contraindre la position réelle de l'astéroïde dans le ciel. Ce n'est donc pas une mauvaise nouvelle en soi.

Petite note supplémentaire : pourquoi ai-je observé 2 minutes avant l'heure prévue et 2 minutes après alors que l'erreur donnée sur la date d'occultation était de 4 secondes ?
Sur ce genre d'observation, observer en avance et en retard permet d'attraper des "lunes" d'astéroïdes, ou encore mieux, des anneaux (comme dans le cas de Chariklo ou Hauméa). Si ils existent et que la configuration spatiale le permet, ils seront observés un peu avant ou un peu après le passage de l'astéroïde. C'est donc une précaution qu'il vaut mieux prendre. Ca ne coûte pas grand chose, et ça peut rapporter gros.


(3259) Brownlee

Un peu plus tard dans la nuit, un autre astéroïde allait passer devant une étoile, cette fois-ci un poil moins brillante (magnitude 10), dans la constellation du Petit Chien et près de l'étoile Procyon.
La zone de visibilité de l'occultation était une bande partant des Etats-Unis (mais en pleine journée), traversant le Canada et le Québec (observation possible en début de nuit) et à l'extrême Ouest de l'Europe.
Dans cette configuration, l'étoile visée se trouvait à moins de 10 degrés de hauteur dans le ciel, rendant l'observation délicate à cause de la forte masse d'air.




L'étoile visée, nommée TYC 176-00688-1, est une petite étoile de magnitude 10 à proximité de l'étoile Procyon (la grosse qui brille ci-dessous) :


Matériel utilisé : le même que précédemment, avec des poses de 150ms.
Durée maximale de l'éclipse si je suis en plein centre de la bande d'occultation : 1.9 seconde.

Pour la réduction photométrique dans Tangra, j'ai utilisé comme référence les deux étoiles les plus brillantes de mon champ. Mais mon étoile cible, avec des poses de 150ms ne présentait pas beaucoup de signal. J'aurais dû poser un poil plus, au détriment de l'échantillonnage temporel certes, mais ça aurait été mieux.


Et la courbe a donné ceci :


L'étoile cible est toujours représentée par la courbe cyan, et ne montre pas d'éclipse. Comme dans le cas précédent, c'est une information utile à remonter aux astronomes relais des observations d'occultations en Europe.


18 observateurs se sont déclarés pour l'observation de l'occultation par (1719) Jens entre le Royaume-Uni et l'Adriatique, et 3 observateurs seulement pour l'observation de l'occultation par (3259) Brownlee. Aucun observateur de l'autre côté de l'Atlantique pour cette dernière.


Les résultats finaux correspondant aux observations positives et négatives de tous les observateurs arriveront dans les prochains jours, quand toutes les observations auront été collectées.

Au final, à cette partie de cache-cache, cette fois-ci ce sont les astéroïdes qui ont gagné ;-)

20 mars 2020

Découverte de supernova : AT2020epi


Ça faisait un petit moment que je n'avais pas mis le doigt sur une nouvelle supernova. Des novae, j'en avais tout plein, mais plus de supernovae. Je n'avais pas arrêté d'en chercher, mais les télescopes Tarot ont été un temps dédiés à la recherche de contreparties optiques aux ondes gravitationnelles, et ont eu quelques soucis techniques, notamment au Chili.

Cette fois-ci, c'est dans les images de Tarot Calern que j'ai trouvé un nouvel objet à proximité immédiate de la galaxie PGC 40043.
Ce serait seulement la seconde fois qu'une supernova est découverte avec le télescope TAROT de Calern (Sud de la France). La première (SN2013hh) ayant été trouvée par Damien Turpin.


Les images du 19 Mars à 02h53 laissaient supposer qu'il y avait quelque chose de neuf, mais avec seulement 2 images, c'était un peu faible pour se prononcer.
Tarot Calern n'observe pas cette galaxie tous les jours. Sur les images du 16/03 à 03h08, c'était encore plus flou et à la limite du bruit de fond. Et toujours 2 images unitaires. Aucune observation les 3 semaines précédentes...
Le Minor Planet Checker n'indiquait aucun astéroïde connu, le TNS n'indiquait aucun objet connu, idem pour AstronomersTelegram, le TOCP et le CDS. Pas d'étoile variable planquée là non plus.

J'ai donc demandé à Alain Klotz s'il pouvait faire repasser les télescopes TAROT sur PGC 40043 dans la nuit. Chez moi, les nuages étaient présents, et aux Canaries il pleuvait...
Alain m'a indiqué qu'il utiliserait le T510mm d'Antoine Cailleau dans la soirée, et leur image m'est arrivée pendant la nuit. Bingo, le nouvel objet est bien présent !



Entre temps, j'ai réussi à commander des images sur le télescope Chile 2WF de Slooh (un T420 F/6.8). Et sans surprise, l'objet est bien présent.


Après une Nième vérification, j'ai donc pu déclarer la découverte auprès du TNS et l'objet a reçu la désignation provisoire AT2020epi.

D'après l'analyse d'Alain :

Le NED donne un module de distance de 35.1 donc la magnitude absolue est d'environ -17.3. Si c'est une SN Ia en montée on peut s'attendre à ce qu'elle gagne encore 1.5 magnitude d'ici une dizaine de jours.

Ne reste plus dès lors qu'à obtenir un spectre. Est-ce que le T900 de St-Caprais va s'y coller ?

A ce stade, avec :
- 2 nuits d'observations ;
- avec 3 télescopes distincts sur les 2 hémisphères ;
- l'objet résolu sur 7 images réparties sur plus de 24h ;
- des observations en V et R ;
- un module de distance compatible avec une supernova ;

on est dans une situation idéale pour une belle candidate supernova. Mais à la fin, c'est le spectre qui tranchera. Wait and see...


EDIT du 11 Avril : 

Le spectre est tombé le 30 Mars et valide une supernova de type Ic.
Un grand merci à Robin Leadbeater, un astronome amateur spécialisé en spectroscopie, qui a réalisé un petit exploit en allant chercher plusieurs spectres sur un objet aussi faible. 

Source : http://www.spectro-aras.com/forum/viewtopic.php?f=38&t=2499

18 mars 2020

Observatoire de Mars


Pendant mes vacances en famille en Haute-Loire fin Février, j'avais en tête d'aller faire un tour du côté de Mars (le village d'Ardèche, pas la planète).
Là-bas se trouve l'Observatoire Hubert Reeves. C’est le pôle astronomie de L’Arche des Métiers, CCSTI de l’Ardèche et j'y connais quelques personnes du club astro de Mars.
Prenant contact avec le club au début de mes vacances, Daniel Verilhac m'annonce que le Lundi 24 Février, il y a une occultation astéroïdale observable depuis Mars, et qu'un groupe va aller faire cette mesure avec le T600 sur place. Evidemment ça m'intéresse beaucoup !!

Malheureusement, suite à un malentendu sur la procédure de rendez-vous, je n'ai pas pu m'y rendre.
Le club a quand même publié un compte-rendu de cette soirée que j'ai manquée.

Recontacté le lendemain par Gérard Bouvet, l'actuel président, j'ai pu prendre rendez-vous pour leur réunion hebdomadaire du Vendredi suivant. Il fallait quand même que je vois leur fameux RC600 sous coupole avec sa monture Direct Drive :-)

Et il faut bien avouer que la bestiole est impressionnante


Il ne faisait pas beau, alors on n'a pas pu l'utiliser. C'est dommage parce que le site est particulièrement bien protégé de la pollution lumineuse. Alors je me suis contenté d'une balade à l'observatoire et de papotage avec les membres du club. Sur de nombreux aspects, le quotidien de ce club ressemble au nôtre alors j'ai passé un bon moment.

Merci au club de Mars pour l'accueil, et à bientôt j'espère pour une vraie observation au RC600 !



17 mars 2020

Salon 2020 du club astro de Mont-Bernenchon


Le Samedi 07 Mars, le club d'astronomie de Mont-Bernenchon organisait sa désormais traditionnelle exposition autour de l'astronomie à la salle des libellules.
Comme chaque année, elle comprenait une exposition de photographies réalisées par les membres du club avec leur matériel. La visite de l'exposition pouvait être commentée par ceux qui avaient réalisé ces clichés.







Le matériel était également mis à l'honneur, accompagné d'explications sur son fonctionnement. Nouveauté cette année, nous avions prévu un atelier d'aide au choix d'un télescope. C'est une question qui nous est régulièrement posée tout au long de l'année.


Les maquettes en impression 3D ont également eu pas mal de succès, notamment l'explication des missions Apollo à l'aide des maquettes de Saturn V, du module de commande et du module lunaire.


La météo toute grise de l'après-midi ne nous a pas permis de faire l'observation du Soleil au télescope, ni l'observation de Vénus en plein jour. Même l'atelier "Gnomon" de Philippe a eu quelques difficultés puisqu'il n'a fonctionné que le matin, quand le public n'était pas là... Philippe s'est par contre rattrapé avec son exposé sur le rôle de la course du Soleil dans la construction de certains édifices sacrés à travers les âges.

Le public fut au rendez-vous : environ 200 personnes. Nous avons commencé à compter dès l'ouverture à 14h00, mais nous avons été rapidement dépassés par le grand nombre de questions posées par le public.
J'ai pu constater que la publicité que nous avions axée sur les écoles a produit ses fruits puisque de nombreux enfants sont venus.

Bien sûr les copains du GAAC et du CAD sont également passés faire coucou. Et la Voix du Nord nous a fait un p'tit article sur cet après-midi.



Contents de l'engouement perçu, nous donnons d'ores et déjà rendez-vous à tout le monde l'année prochaine pour un prochain voyage dans les étoiles !

24 janvier 2020

Venez découvrir l'astronomie


Venez découvrir l'Univers, ses merveilles et ses mystères avec le club d'astronomie de Mont-Bernenchon le Samedi 7 Mars 2020 de 14h à 18h à la salle des Libellules de Mont-Bernenchon, près de Béthune (Pas-de-Calais).

Au programme :

Exposition de photos du ciel ;
Exposition de matériel astronomique ;
Observation du Soleil au télescope avec du matériel adapté (si la météo le permet) ;
Atelier sur les exoplanètes ;
Atelier sur la pollution lumineuse ;
Démonstration d'utilisation d'une carte du ciel ;
Astrophotographie et traitements d'images ;
Aide au choix d'un télescope.
Comme chaque année, vous pourrez admirer près de 200 images de galaxies, nébuleuses, planètes ou étoiles, toutes réalisées par les membres du club d'astronomie avec leurs télescopes. Ces télescopes seront également exposés.

Si vous avez des questions sur l'astronomie ou concernant du matériel d'observation astronomique que vous avez acquis, nos passionnés seront présents pour vous répondre. En cas de météo favorable, il sera également possible d'observer le Soleil avec du matériel adapté.

Entrée libre et gratuite, pour petits et grands.




18 janvier 2020

Publication : Campagne d'observation de EE Cephei



Il y a quelques années de cela, j'ai participé à la campagne d'observation d'une étoile aux éclipses un peu particulières. C'est une étoile de magnitude 11 dans la constellation de Céphée. Par conséquent, celle-ci n'est visible ni à l'oeil nu, ni aux jumelles.

Position de l'étoile EE Cephei dans la constellation de Céphée

Tous les 5 ans et demi environ, la luminosité de cette étoile chute pendant plusieurs semaines. Contrairement aux cas classiques, ses éclipses sont longues, suggérant que l'objet qui passe devant est immense (beaucoup plus gros qu'une étoile) et la baisse de luminosité n'est pas la même à chaque éclipse, suggérant que l'objet n'est pas "solide". La durée de l'éclipse n'est pas non plus la même à chaque fois, et la courbe de lumière de l'éclipse est asymétrique, ce qui signifie que la "chose" qui passe devant EE Cephei voit sa taille, sa forme, son orientation, sa transparence, ou une combinaison de ces caractéristiques-là changer au cours du temps.
La périodicité des éclipses étant par contre très précise, nous sommes donc bien face à quelque chose qui tourne autour de EE Cephei sur une orbite stable.

Depuis 1952, ces éclipses sont de mieux en mieux observées. Ci-dessous quelques courbes de lumières montrant à quel point chaque éclipse fut différente des autres.
(c) Galan & al. https://arxiv.org/pdf/1407.1541.pdf
Avec les moyens d'observations toujours croissants à notre disposition, et sachant que les astronomes amateurs sont tout à fait capables de contribuer activement à ce type d'observation, une équipe d'astronomes professionnels polonais a fait appel à la communauté amateur pour que celle-ci l'épaule.
Comme j'avais participé avec eux à la campagne d'observation de l'étoile AZ Cas, j'ai naturellement fait partie des personnes sollicitées ici.
J'annonçais même ici le début de la campagne, réalisée pour ma part avec les télescopes en remote de chez Slooh que j'utilise depuis 2012.
Comme on ne savait pas avec précision quand commencerait l'éclipse (alors qu'on savait parfaitement sur quelle date elle était centrée), il fallait commencer assez tôt les observations. Ces observations "hors éclipse" sont importantes car elles permettent également de calibrer les données entre tous les observateurs.
L'équipe d'astronomes avait créé un modèle mathématique du système binaire d'EE Cephei, proposant un disque de poussière en rotation autour d'un petit astre froid, et dont la précession au cours du temps pouvait expliquer les différentes formes des éclipses passées. Avec leur modèle, ils prédisaient qu'en 2014, la baisse de luminosité qui serait constatée serait de 2 magnitudes.

Après plusieurs semaines d'observations, quel fut le résultat ?
243 nuits d'observations ont été réalisées, et compilées sur les courbes de lumière suivantes :

Pienkowski & al : https://arxiv.org/pdf/2001.05891.pdf
Sur les longueurs d'ondes RVB et IR, la couverture est très bonne. Comme pour les éclipses précédentes, les courbes sont similaires dans chaque longueur d'onde, ce qu'on appelle une éclipse "grise". Les données ont été acquises depuis l'Europe et l'Amérique du Nord, par des équipes amateurs et professionnelles.

Conclusion : l'éclipse de 2 magnitudes qui a été anticipée n'est pas au rendez-vous. A la place, seulement 0.7 magnitude de différence entre le minimum de l'éclipse et l'état "au repos" de l'étoile (dans la bande verte). Donc c'est cool ! Ça signifie qu'il y a encore du boulot à réaliser sur cet astre :-)

Le détail des observations photométriques et spectroscopiques, les analyses de l'équipe, ainsi que les perspectives pour la prochaine campagne sont compilées dans cette publication dont je suis co-auteur, qui a été soumise au journal Astronomy & Astrophysics en ce mois de Janvier 2020.

Une chouette petite aventure, qui a le mérite de ne pas être terminée. Depuis quelques jours, j'ai recommencé le suivi de cette étoile afin de préparer la prochaine éclipse.